• le 8 février 2026

TON OBÉISSANCE ME GRANDIT

Matthias HELMLINGER

II Samuel 22 v 36 « Tu me donnes le bouclier de ton salut, ton obéissance me grandit. »

Ce verset est traduit différemment selon les Bibles. Les Juifs l’ont traduit ainsi en grec deux siècles avant Jésus : « ton obéissance me grandit ». Ton obéissance me fait faire des progrès. Et David considère cette obéissance du Seigneur comme un bouclier pour son salut. Cette affirmation est vraiment étonnante. Dire à Dieu : « ton obéissance me fait devenir grand », qui en aurait eu l’idée ? Dieu obéissant ? Mais obéissant à qui ? 

Pour comprendre, il nous faut l’éclairage d’autres textes bibliques. Remarquons tout d’abord que ce psaume se trouvé aussi à un autre endroit dans la Bible, dans le livre des Psaumes justement, au chapitre 18. Et là, le même verset est traduit différemment. David dit à Dieu : « ton humilité, ton abaissement me grandit ». L’obéissance de Dieu est donc d’abord vue comme un abaissement, une humilité de Dieu. 

Déjà, dans le premier livre de la Bible, la Genèse, nous avons un texte très étonnant, où il est dit d’un homme qu’il a réussi à vaincre Dieu. Je lis ce texte, Genèse 32.25 à 31 :

 « Jacob resta seul. C’est alors qu’un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.

Voyant qu’il n’était pas vainqueur contre lui, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche. Celle-ci se déboîta pendant qu’il luttait avec lui.

Il dit : « Laisse-moi partir, car l’aurore se lève. » Jacob répondit : « Je ne te laisserai pas partir avant que tu ne m’aies béni. »

Il lui demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Jacob. »

Il ajouta : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes et tu as été vainqueur. »

Jacob lui demanda : « Révèle-moi donc ton nom. » Il répondit : « Pourquoi demandes-tu mon nom ? » et il le bénit là.

Jacob appela cet endroit Peniel, car, dit-il, « j’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée. »

Le soleil se levait lorsqu’il passa Peniel. Il boitait de la hanche. »

 D’après ce texte, Israël signifie « vainqueur de Dieu ». Dieu a obéi à Jacob qui lui a demandé de le bénir. Jacob est béni, mais toute sa vie, il restera handicapé par ce combat contre Dieu et les hommes. Il en sort victorieux, mais plus faible et plus fragile qu’avant. Il restera à jamais incapable de combattre lui-même les hommes, juste capable d’encaisser les trahisons et les violences. Dieu a obéi à Jacob et lui a même donné un nom signifiant la victoire que Jacob a eue sur Dieu : Israël. Israël, identité qui subsiste encore aujourd’hui. 

Quand on considère Jésus vaincu par les hommes sur la croix, on peut bien dire que les hommes sont vainqueurs : ils ont réussi à le tuer. Mais qui est vainqueur ? Jésus est né de la descendance de Jacob. Jacob est l’ancêtre de Jésus, à travers la vierge Marie. 

Quand on ouvre l’épître aux Hébreux 1.2-3, on tombe sur une présentation de qui est Jésus : « maintenant, en cette période finale de l’histoire où nous vivons, Dieu nous a parlé par son Fils, celui dont il a fait son héritier universel, le propriétaire de la création tout entière. Par lui aussi, il a créé l’univers. Ce Fils reflète d’une manière éclatante sa gloire et constitue l’empreinte exacte de son être, l’expression parfaite de sa nature… il a lui-même accompli l’œuvre de réconciliation entre Dieu et l’homme en nous purifiant de nos péchés. Ensuite il a pris sa place à la droite du Tout-Puissant dans les lieux célestes, où il règne maintenant avec lui ». 

Comment Jésus a-t-il accompli cette œuvre de réconciliation ? L’épître aux Hébreux, un peu plus loin (ch.5 versets 7-10) l’explique ainsi : 

« Au cours de sa vie sur la terre, Jésus a fait monter vers celui qui aurait pu le sauver de la mort, des prières et des supplications. Dans une agonie de pleurs, il a jeté un grand cri. À cause de son humble soumission à la volonté de Dieu, il a été exaucé. Quoique Fils de Dieu, il a été obligé d’apprendre l’obéissance à l’école de la souffrance. C’est ainsi qu’il a atteint le plus haut degré de la perfection et qu’il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur d’un salut éternel. Dieu lui-même le reconnaît comme tel puisqu’il l’a salué par avance grand-prêtre dans la ligne de Melchisédec ». 

Nous voyons là réapparaître l’obéissance. Le Fils parfait de Dieu a dû apprendre l’obéissance. Sans cette obéissance dans la souffrance, il ne nous serait d’aucune aide. Jésus a dû lutter dans la prière pour arriver à cette obéissance. De tels affirmations ne peuvent que susciter notre étonnement. Comment ? Le Fils de Dieu a dû apprendre l’obéissance ? 

Nous avions expérimenté le même étonnement quand David dit à Dieu : « ton obéissance me fait grandir »

Qu’est-ce que Jésus a demandé à son Père ? Il a demandé à être sauvé de la mort. Et l’épître aux Hébreux nous dit qu’il a été exaucé. Voilà qui est étonnant : nous savons tous que Jésus est mort. C’est la chose la plus certaine, même pour les non-croyants. Comment peut-on nous dire que Dieu l’a exaucé, que sa supplication pour être sauvé de la mort a été exaucée ? 

La seule réponse possible, c’est que Dieu le Père l’a exaucé à l’intérieur même de la mort. 

Jésus a reçu d’être vivant dans la mort pour donner la vie aux morts. Dieu l’a sauvé de la mort dans la mort. Il nous faut croire cela. C’est fondamental. Dieu a transformé la mort de Jésus en une source de joie pour toute l’humanité.  

Il y a dans ce texte de l’épître aux Hébreux cette affirmation étonnante que le Fils de Dieu lui-même a dû apprendre l’obéissance, et au verset suivant on nous parle de ceux qui obéissent. L’obéissance de Jésus fait apparaître des obéissants. Son obéissance s’est dupliquée en ceux qui viennent et viennent toujours à lui, non pas une fois, lors de la première expérience de conversion, mais toujours à nouveau : de lui seul vient notre obéissance, notre vie dans l’Esprit. Incarner sur terre la vie de Dieu, l’amour de Dieu pour les êtres humains, voilà l’obéissance de Jésus que nous vivons maintenant. Le Fils ayant appris l’obéissance peut la transmettre. 

Si cette obéissance n’était pas devenue transmissible, personne ne serait jamais venu à Dieu, au Dieu vivant et vrai, le Dieu d’Israël dont l’obéissance nous fait grandir. 

Jésus nous a fait comprendre par tellement de paroles qu’il est la source de notre obéissance. Par exemple, dans Jean 10. Il dit qu’il est la porte des brebis. Il le dit au verset 7. Mais au verset 3, il dit qu’il passe lui-même par cette porte, lui, le berger des brebis, l’authentique. Il est la porte par laquelle il lui faut lui-même passer. Il est la porte en tant qu’un homme de chair et de sang. Il doit lui-même passer par sa chair et son sang pour nous donner la vie éternelle. C’est le sens de la Sainte-Cène, qui anticipe le repas que nous aurons avec Jésus dans le ciel. 

Jésus, homme de chair et de sang, est la porte et il passe lui-même par cette porte. Sa chair et son sang sont nourriture et breuvage de vie éternelle. 

Ce passage vers nous par sa propre chair et son sang s’est fait par apprentissage de l’obéissance, dans une prière d’agonie. Il a été un Fils parfait obéissant à son Père, qui est aussi notre Père. 

Son obéissance est la source de la nôtre, du début à la fin. 

Son obéissance est le combat que nous menons à notre tour pour y amener tous nos frères et sœurs en humanité. 

Voici, en effet, comment l’apôtre Paul décrit son ministère dans II Corinthiens 10.3-5 : 

« Sans doute, nous sommes sur la terre, nos vies ressemblent à celles de tous les hommes, mais nous ne luttons pas à la manière du monde et notre combat est différent du leur. Nos armes ne sont pas humaines. Nos armes proviennent de la puissance de Dieu. Il nous rend capables de détruire les bastions dans lesquels les hommes se barricadent contre lui.

Oui, nous renversons les raisonnements et les arguments sophistiqués qui se dressent prétentieusement en rempart contre la véritable connaissance de Dieu. Faisant prisonnière toute pensée rebelle, nous l’amenons à l’obéissance du Christ. » 

Être témoins de Jésus-Christ, ce n’est pas s’empêtrer dans des discussions à n’en plus finir, dans le but de convaincre les autres de nos raisonnements à nous. Paul ne dit pas qu’il veut que les gens se soumettent à la doctrine qu’il prêche, il ne cherche pas à les convaincre par ses propres paroles. Il utilise la puissance de Dieu et cette puissance amène les personnes à l’obéissance du Christ. Cette obéissance, Jésus l’a vécue dans sa chair et dans son sang, et bien sûr, dans sa prière, ses souffrances par amour pour Dieu et les hommes. 

Nos paroles et notre vie, quand elles viennent de l’Esprit Saint, sortent les gens de leurs tours d’ivoire pour les livrer à l’obéissance du Christ. 

Le Christ a appris l’obéissance pour chaque être humain, pour que chaque être humain puisse la vivre, aussi loin soit-il de Dieu. Son obéissance est tous les jours notre sujet d’émerveillement. Son obéissance nous renouvelle sans cesse dans notre courage pour faire non pas ce que nous voulons, mais ce que le Père veut. La joie de notre Père, c’est d’être proches de nous, parce qu’il reconnaît en nous son Fils. Un enfant qui a confiance dans l’amour de son Père, se comporte très librement, se laissant valoriser par son Père, ou bien se laissant avertir par son Père quand il le faut, sans prendre cet avertissement pour un reniement. 

D’aucun être humain Dieu ne se renie pas comme Père. 

En ce sens, il faut cesser nos comparaisons avec les parents dont nous avons fait l’expérience sur terre, où cela arrive parfois, des parents qui ne se souvient pas de leurs enfants.  L’obéissance que le Père attend de nous, il l’a déjà reçue de son Fils, de son Fils qu’il voit en nous.

Laisser un commentaire

Merci d'entre votre nom.
Merci d'écrire un commentaire.

Lire également…