Alain NADAL, le 31 mai 2026
La Sainte-Cène (1ère partie)
Cette prédication sur la Sainte-Cène n’est pas de moi. Elle a été inspirée par les enseignements de Charles Spurgeon, un pasteur baptiste réformé britannique de la seconde moitié du XIXe siècle.
La longueur de ce message dépassait le temps habituel d’une prédication. Je l’ai donc scindée en deux parties. Il y aura une suite consacrée au même sujet, à l’occasion d’une prochaine prédication.
Frères et sœurs, permettez-moi de vous poser une question : Combien d’entre nous participent à la Sainte-Cène chaque dimanche, sans véritablement comprendre la profondeur insondable de ce mystère sacré ?
Charles Spurgeon déclarait avec conviction que la table du Seigneur contient des vérités si profondes que « même les anges désirent y plonger leurs regards » (1 P 1,12).
Aujourd’hui, je vais vous parler de ce que la majorité des croyants ignorent au sujet de la Sainte-Cène.
Ce n’est pas simplement un rituel religieux que nous accomplissons par tradition ; ce n’est pas seulement un moment de recueillement collectif. Non ! C’est infiniment plus puissant et transformateur que cela. Lorsque notre Seigneur, Jésus-Christ a institué ce sacrement, dans la chambre haute de Jérusalem, la veille de sa crucifixion, il ne créait pas simplement une cérémonie commémorative, il établissait un pont mystique entre le ciel et la terre, entre l’éternité et le temps, entre sa nature divine et notre humanité fragile.
Écoutons attentivement les paroles de Luc 22,19 : « Ensuite, Jésus prit du pain ; et après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, il prit la coupe, après le repas, et la leur donna en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous ».
Comprenons bien ces paroles. Jésus ne dit pas simplement : Souvenez-vous de moi ! Il dit : Faites ceci en mémoire de moi. Le mot grec utilisé, anamnesis, signifie bien plus qu’un simple souvenir mental. Il désigne une représentation, une actualisation mystérieuse de cet événement salvateur. Chaque fois que nous rompons le pain et buvons à la coupe, nous ne faisons pas que nous rappeler un événement du passé. Nous entrons dans la réalité vivante de ce sacrifice, réalité qui transcende le temps, c’est-à-dire qui dépasse le temps, qui va au-delà des limites ordinaires, en connaissance et en compréhension.
Spurgeon exprimait cette vérité avec une éloquence remarquable, lorsqu’il affirmait que la communion n’est pas une pierre tombale froide sur un événement passé ; c’est une fontaine jaillissante qui apporte la vie éternelle dans notre présent.
Voilà le premier secret qu’il est important de comprendre et de vivre : La Sainte-Cène n’est pas un mémorial mort, mais un rendez-vous vivant avec le Christ ressuscité.
En effet, quand nous nous approchons de la table sainte, nous ne venons pas simplement honorer la mémoire d’un martyre, aussi noble soit-il. Nous entrons dans une communion réelle, intime, transformatrice avec Celui qui a vaincu la mort.
L’apôtre Paul le confirme dans 1 Co 10,16 : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps de Christ ? »
Notez bien ce mot : Paul parle de communion, et non pas de commémoration. Ce n’est pas un simple souvenir. C’est une communion, c’est-à-dire une participation, une union mystique, un partage de vie.
Lorsque nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, quelque chose de profondément spirituel se produit dans les profondeurs invisibles de notre être. Nous ne faisons pas qu’honorer le passé ; Nous recevons la grâce présente. Nous ne contemplons pas simplement un sacrifice accompli il y a 2000 ans. Nous bénéficions de ses effets salvateurs maintenant, au moment précis où nous écoutons ces paroles.
Combien de fois avons-nous participé à la Cène de manière distante, l’esprit ailleurs, le cœur préoccupé par les soucis de la vie quotidienne ? Combien de fois avons-nous traité ce moment sacré comme une simple formalité religieuse, une routine ecclésiastique sans véritable substance spirituelle ?
Si nous comprenions vraiment ce qui se passe à la table du Seigneur, nous y viendrions avec un émerveillement renouvelé, avec une faim spirituelle ardente, avec une soif de sa présence qui consume tout le reste.
Spurgeon racontait souvent comment des croyants sincères pleuraient de joie au moment de la communion, tellement ils ressentaient la présence tangible du Seigneur. Ces larmes n’étaient pas de la sentimentalité vide ou de l’émotion manipulée. Elles étaient la réponse naturelle d’une âme touchée par la grâce divine, réelle et palpable.
Nos cœurs sont-ils brûlants aujourd’hui ? Notre faim spirituel nous pousse-t-elle à désirer ardemment ces moments de communion intimes avec notre Rédempteur ?
Le deuxième aspect du message secret de la Sainte-Cène concerne l’alliance nouvelle. Jésus a dit explicitement : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Comprenons-nous la portée immense de cette déclaration ? Il ne s’agit pas d’une simple amélioration de l’ancienne alliance mosaïque ; il s’agit d’une transformation radicale, absolue, définitive de notre relation avec le Dieu trois fois saint. Sous l’Ancienne Alliance, le peuple d’Israël devait offrir continuellement des sacrifices d’animaux pour couvrir temporairement ses péchés. Ces sacrifices répétés rappelaient constamment leur séparation d’avec Dieu et l’impossibilité d’approcher sa sainteté redoutable. Mais écoutez ce que déclare Hébreu 10,11-12 : « Tout sacrificateur se tient à son poste chaque jour pour faire son service et offrir souvent les mêmes sacrifices qui ne peuvent jamais ôter les péchés. Mais lui (Jésus), après avoir présenté un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis à perpétuité à la droite de Dieu. » Un seul sacrifice, une fois pour toutes, accompli, parfait, complet, suffisant pour l’éternité.
Quand nous participons à la Sainte-Cène, nous proclamons notre foi absolue en cette vérité merveilleuse, nous affirmons publiquement que le sang précieux de Christ a définitivement réglé la question de notre culpabilité devant le tribunal divin. Nous déclarons solennellement que nous sommes sous une nouvelle alliance fondée non sur nos œuvres imparfaites et vacillantes, mais sur son œuvre parfaite et immuable. Cette alliance nouvelle n’est pas conditionnelle à notre performance spirituelle. Elle repose entièrement sur la fidélité de Dieu et le sacrifice accompli de son Fils.
Voilà pourquoi Spurgeon insistait tant sur la nécessité de venir à la table du Seigneur, non pas avec une confiance en nos propres mérites, mais avec une foi simple et enfantine en ses mérites à lui seul. Nous ne venons pas parce que nous sommes dignes ; nous venons précisément parce que nous sommes indignes, mais rachetés.
Pensez à l’immensité de cette grâce ! Chaque fois que nous rompons ce pain, nous déclarons que notre salut est fondé sur son corps brisé, non sur notre justice personnelle. À chaque fois que nous buvons à cette coupe, nous affirmons que notre purification vient de son sang versé, non de nos efforts religieux. C’est cela la nouvelle alliance. C’est cela le message secret que nous avons à comprendre et à vivre.
Le 3e secret spirituel de la Sainte-Cène concerne la dimension d’examen personnel et de sanctification.
Ce n’est pas un aspect accessoire et optionnel, c’est une composante essentielle de notre participation à ce sacrement. L’apôtre Paul nous avertit avec une gravité solennelle dans 1 Co 11, 27-29 : « C’est pourquoi, celui qui mangera le pain et boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s’examine soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; car celui qui mange et qui boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même. »
Remarquez la sévérité de cet avertissement. Paul ne plaisante pas avec la légèreté spirituelle. Il ne tolère pas l’indifférence ou la négligence dans notre approche de la table sainte.
Mais que signifie exactement manger et boire indignement ? Beaucoup de croyants sincères ont mal compris ce passage. Ils se sont tenus à l’écart de la communion par crainte de leur indignité personnelle.
Comprenons bien cette vérité cruciale afin de libérer notre conscience. Manger indignement ne signifie pas venir à la table en tant que pécheur imparfait. Si tel était le cas, personne ne pourrait jamais participer à la Sainte-Cène. Car nous sommes tous des pécheurs sauvés par grâce. L’indignité dont parle Paul concerne plutôt la manière dont nous approchons ce moment sacré. Il fait référence à ceux qui participent sans réflexion, sans révérence, sans discernement spirituel de ce que représentent véritablement ce pain et cette coupe.
À Corinthe, certains croyants transformaient la Cène en un banquet ordinaire. Ils mangeaient et buvaient avec excès sans considération pour la signification spirituelle de l’acte. Certains s’enivraient pendant que d’autres restaient affamés. Ils traitaient le corps et le sang du Seigneur comme de simple aliments terrestres dénués de tout dimension sacrée (1 Co 11,20-22). C’est contre cette attitude irrespectueuse et superficielle que Paul s’insurge avec tant de force.
Par cet avertissement, Paul nous appelle à nous examiner nous-mêmes. Ce moment de communion devient donc une occasion précieuse d’introspection spirituelle, un temps privilégié pour sonder notre cœur devant Dieu.
Avant de tendre la main vers le pain, nous devons nous arrêter et nous poser les question essentielles : Ai-je des péchés non confessés qui créé une barrière entre Dieu et moi ? Y a-t-il de l’amertume dans mon cœur envers un frère ou une sœur ? Est-ce que je viens à cette table avec une foi authentique ou par simple habitude religieuse ?
L’auto-évaluation n’a pas pour but de nous décourager ou de nous condamner. Au contraire, elle nous pousse à la repentance et à la réconciliation. Si nous découvrons un péché en examinant notre cœur, confessons-le immédiatement à Dieu. Si nous réalisons que nous avons blessé quelqu’un, engageons-nous à réparer cette relation. La Sainte-Cène devient ainsi un catalyseur puissant de transformation personnelle et de sainteté pratique. L’Écriture nous rappelle dans le Psaume 139,23-24 : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes préoccupations ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! »
Voilà l’attitude que nous devrions adopter chaque fois que nous nous approchons de la table du Seigneur. Une ouverture totale sur l’examen divin, une disponibilité humble à la correction, un désir sincère de marcher dans la sainteté.
Combien de fois participons-nous à la communion sans jamais prendre le temps de cette introspection spirituelle ? Nous tendons machinalement la main, nous mangeons le pain, nous buvons à la coupe, puis nous retournons à nos occupations habituelles sans que rien n’ait changé dans notre vie intérieure. Quelle occasion manquée ! Quelle perte spirituelle immense ! La Sainte-Cène devrait être un moment de confrontation avec une réalité spirituelle, un face-à-face avec la lumière divine qui révèle nos zones d’ombre.
Mais il y a plus encore : Paul mentionne l’importance de discerner le corps du Seigneur. Cette expression possède une double signification que nous devons absolument saisir : Premièrement, elle fait référence au corps physique de Christ sacrifié sur la croix pour notre rédemption. Nous devons reconnaître que ce pain symbolise son corps réel brisé pour nous. Ce n’est pas un symbole vide ou une simple métaphore poétique. C’est la représentation tangible de son sacrifice qui symbolise son corps réel brisé, le plus grand des sacrifices de l’histoire humaine.
Deuxièmement, discerner le corps signifie aussi reconnaître l’église comme le corps mystique de Christ. Quand nous participons à la Sainte-Cène, nous affirmons notre unité avec tous les autres croyants. Nous déclarons que nous faisons partie d’un seul corps, que nous partageons une seule foi, que nous servons un seul Seigneur. Paul l‘explique magnifiquement dans 1 Co 10,17 : « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain ». Voyez-vous la dimension communautaire profonde de ce sacrement ? La Sainte-Cène n’est pas un acte individuel isolé. C’est une célébration collective qui nous unit les uns aux autres dans le Christ. Quand nous rompons le pain ensemble, nous exprimons notre interdépendance spirituelle. Quand nous buvons à la même coupe, nous reconnaissons que nous sommes abreuvés par le même Esprit, purifiés par le même sang, racheté par la même grâce. C’est pourquoi les conflits et les divisions au sein de l’église sont si graves au yeux de Dieu. Comment pouvons-nous prétendre partager le même pain tout en nourrissant de l’hostilité envers nos frères et sœurs ? Comment pouvons-nous boire à la même coupe tout en refusant de nous pardonner ou de nous réconcilier ? L’incohérence est flagrante et spirituellement destructrice. La communion exige l’unité ; elle requiert l’amour fraternel. Elle nécessite la paix entre les membres du corps. Jésus lui-même a établi ce principe avec une clarté absolue dans Matthieu 5,23-24 : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là, tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande . »
Si la réconciliation était essentielle pour les offrandes de l’Ancien Testament, combien plus l’est-elle pour la Sainte Cène qui célèbre la réconciliation ultime entre Dieu et l’humanité.
Avant notre prochaine participation à la communion, prenons le temps de cette réflexion sérieuse : Qui célèbre la réconciliation ultime entre Dieu et l’humanité ? Examinons notre cœur avec honnêteté. Sondons nos relations avec nos frères et sœurs en Christ. Si nous découvrons des blessures non guéries, des pardons non-accordés, des réconciliations non-entreprises, agissons immédiatement. Ne permettons pas que ces barrières spirituelles nous empêchent de recevoir pleinement les bénédictions que Dieu veut nous accorder à sa table.
La prochaine prédication abordera les derniers secrets de la Sainte Cène :
- La dimension prophétique du retour de Christ,
- la nutrition spirituelle de notre âme,
- ainsi que l’unité mystique du corps de Christ.

