Alain NADAL, le 19 juillet2026

Pour ceux qui n’étaient là le 31 mai, je précise que cette prédication sur la Sainte-Cène, en 2 parties, n’est pas de moi. Elle a été inspirée par les enseignements de Charles Spurgeon, un pasteur baptiste réformé britannique de la seconde moitié du XIXe siècle.  

  Dans la première première partie, nous avons abordé les thèmes suivants : Quel est le véritable sens de « Faites ceci en mémoire de moi ? », ainsi que : « Comment s’examiner avant la communion ? ». 

  Aujourd’hui, nous allons aborder le 4e secret de la Sainte-Cène, qui concerne ses dimensions prophétique et eschatologique. Chaque fois que nous participons à ce sacrement, nous ne regardons pas seulement vers le passé en nous souvenant du calvaire. Nous ne vivons pas uniquement le présent en communiant avec Christ. Nous tournons également nos yeux vers l’avenir glorieux qui nous attend. 

  La communion possède une triple temporalité que nous devons absolument saisir pour en apprécier toute la richesse. 

  Écoutez attentivement ce que Jésus a déclaré lors de l’institution de la Sainte Cène, rapporté dans Matthieu 26,29 : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » 

  C’est une promesse extraordinaire ! C’est une merveilleuse perspective  : Jésus nous annonce qu’un jour, dans le Royaume éternel, nous partagerons à nouveau un repas avec Lui, mais cette fois dans la gloire céleste, plutôt que dans les limitations terrestres. Cette dimension future de la Sainte-Cène transforme radicalement notre compréhension du sacrement. Nous ne célébrons pas simplement un événement passé, nous anticipons une réalité future. Nous ne commérons pas seulement sa mort ; nous proclamons aussi sa résurrection, et nous annonçons son retour imminent. Paul le confirme dans sa première épitre aux Corinthiens, 11,26 : « Car toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. »        

  Remarquez l’expression importante : Jusqu’à ce qu’il vienne. La Sainte Cène possède donc une date d’expiration spirituelle. Elle n’est pas destinée à durer éternellement. Un jour prochain, nous n’aurons plus besoin de ce sacrement terrestre, parce que nous serons face à face avec notre Seigneur glorifié. Nous n’aurons plus besoin de symboles, parce que nous contemplerons la réalité elle-même. Nous n’aurons plus besoin de communion mystique, parce que nous jouirons d’une présence physique permanente avec notre Seigneur. Imaginez ce moment glorieux où Jésus reviendra dans toute sa majesté pour établir son Royaume éternel. Imaginez le festin céleste décrit dans Apocalypse 19,7-9 : « Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et donnons-lui gloire, car les noces de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est préparée. Il lui a été donné de se vêtir de fin lin, éclatant et pur. Le fin lin sont les œuvres justes des saints. Et l’ange me dit : Écris : Heureux sont ceux qui son appelés au festin des noces de l’agneau ! » 

  Les noces de l’Agneau, c’est le grand festin messianique, la célébration ultime dans la présence éternelle de Dieu. Quand nous mangeons ce pain aujourd’hui, nous dégustons par avance les délices du banquet céleste. Quand nous buvons cette coupe maintenant, nous goûtons déjà à la joie de l’éternité bienheureuse.   

  Cette perspective future devrait transformer notre manière de vivre au quotidien. Si nous croyons vraiment que Christ revient bientôt, si nous anticipons réellement ce festin glorieux, comment pouvons-nous restés attachés aux plaisirs éphémères de ce monde ? Comment pouvons-nous investir toute notre énergie dans des  poursuites temporelles qui passeront comme l’herbe des champs ? La Sainte Cène nous rappelle constamment que nous sommes des pèlerins en route vers la patrie céleste, des voyageurs temporaires dans un monde qui n’est pas notre demeure permanente. 

   L’apôtre Pierre nous exhorte avec insistance dans sa première épitre, en 2,11 : « Biens-aimés, je vous exhorte, en tant qu’étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels qui font la guerre à l’âme. » 

  Voyez-vous le lien profond avec la communion ? Chaque participation à la Sainte Cène devrait devrait raviver en nous cette conscience d’être des étrangers sur terre, des citoyens du ciel vivant temporairement dans un monde déchu. Elle devrait alimenter notre nostalgie du paradis, notre soif de la présence divine, notre impatience sainte du retour de notre Roi. 

   Mais la Sainte Cène englobe aussi une autre dimension prophétique fascinante.   Ce sacrement proclame non seulement le retour futur de Christ, mais aussi notre propre résurrection corporelle. Lorsque Jésus dit : « Ceci est mon corps », il établit un lien mystérieux mais réel entre son corps ressuscité et nos corps mortels. En mangeant ce pain, nous affirmons notre foi en la résurrection de la chair, en la transformation glorieuse de nos corps périssables en corps impérissables. Jésus a enseigné cette vérité stupéfiante dans Jean 6,53 : « Jésus leur dit : En vérité , en vérité je vous le dis, si vous ne mangez  la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-même. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. »

  Écoutons bien cette promesse : « Je le ressusciterai au dernier jour ». La communion avec Christ garantit notre résurrection future. Comment cela fonctionne-t-il spirituellement ? 

  En nous nourrissant du pain de vie, en nous abreuvant à la source éternelle, nous recevons en nous-même les germes de l’immortalité. Le corps ressuscité de Christ communique à nos corps mortels une puissance de vie qui transcende la mort. C’est comme si chaque participation à la Sainte Cène déposait en nous une semence d’éternité qui germera pleinement lors de la résurrection finale. Paul développe cette vérité dans 1 Co 15,51-53 : « Voici je vous dis un mystère : Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons changés en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. Car elle sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous nous serons changés. Il faut, en effet, que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. »

   Cette transformation glorieuse est intimement liée à notre communion régulière avec le corps ressuscité de Christ. 

  Comprenez-vous maintenant pourquoi la Sainte Cène est infiniment plus qu’un simple rituel religieux ? Elle est un avant-goût du ciel, une anticipation de la gloire, une promesse tangible de la vie éternelle. Elle nous connecte simultanément au passé salvateur, au présent transformateur et au futur glorieux. Elle fait de nous des êtres qui vivent déjà partiellement dans l’éternité, tout en habitant encore temporairement dans le temps. Chaque fois que nous participons à la communion, rappelons-nous cette dimension eschatologique. Levons les yeux au-delà des symboles terrestres pour contempler les réalités célestes qu’elle représente. Nourrissons notre espérance du retour imminent de Christ. Fortifions notre foi en la résurrection corporelle. Revivons notre désir ardent du royaume éternel où nous respirerons pour toujours en présence de notre Sauveur glorifié. 

  Cette perspective devrait remplir nos cœurs d’un joie débordante et d’une paix inébranlable. Même aux milieu des épreuves présentes, même face aux difficultés temporaires, nous possédons une espérance vivante qui ne peut être ébranlée. La Sainte Cène nous rappelle constamment que nos souffrances actuelles ne sont rien comparées à la gloire qui sera révélée en nous.

Le 5e secret spirituel profond de la Sainte Cène concerne la dimension de la foi vivante et de la nourriture spirituelle. Comment notre âme se nourrit-elle ? 

  Tout comme notre corps physique a besoin d’aliments matériels pour survivre et prospérer, notre être spirituel nécessite une nourriture céleste pour croître et s’épanouir dans la grâce. La Sainte Cène représente précisément ce festin spirituel que Dieu nous offre généreusement. Jésus a établi lui-même cette analogie puissante entre le pain naturel et la nourriture spirituelle. Dans Jean 6,35, Jésus dit à ses disciples : « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » Remarquez cette promesse extraordinaire : Christ lui-même est le pain qui satisfait pleinement notre faim spirituelle. Il est la source intarissable qui étanche complètement notre soif d’éternité. 

  Mais comment cette vérité se manifeste-t-elle concrètement dans notre expérience de la Sainte Cène ? Quand nous mangeons du pain ordinaire, notre corps en extrait les nutriments essentiels qui nourrissent nos cellules, nous fortifient et donnent de l’énergie à nos muscles. Le pain est assimilé, digéré, transformé en vie et en force. 

  De la même manière, quand nous participons par la foi au pain de la communion, notre âme reçoit des nutriments spirituels qui fortifient notre foi, renouvelle notre espérance, alimente notre amour. Cette nutrition spirituelle n’est pas automatique ou magique. Elle requiert la foi active. Nous pouvons manger le pain physique sans exercer de foi particulière, et notre corps en bénéficiera quand même. Mais le pain spirituel de la communion ne profite qu’à ceux qui le reçoive avec foi. C’est la foi qui ouvre le canal de la grâce. C’est la foi qui permet à la puissance spirituelle contenue dans ce sacrement de pénétrer dans les profondeurs de notre être. 

  Dans  Hébreux 11,6, l’auteur de l’épitre écrit : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent. » 

  Nous voyons l’importance capitale de la foi. Elle n’est pas simplement une conviction intellectuelle abstraite. Elle est l’instrument-même par lequel nous recevons les bénédictions spirituelles que Dieu nous offre à sa table sainte. Quand nous tendons la main pour prendre le pain de communion, que se passe-t-il dans notre cœur ? Est-ce un geste mécanique et distrait, ou bien un acte de foi conscient et intentionnel ? Croyez-vous vraiment que Christ se donne à vous dans ce moment ? Êtes-vous convaincu que sa grâce coule vers vous à travers ce sacrement ? Votre foi fait toute la différence entre une expérience vide et une rencontre transformatrice avec le Dieu vivant.

   Pensez à la femme qui souffrait d’une perte de sang depuis 12 ans (Marc 5, 25-34). Des multitudes touchaient Jésus physiquement dans la foule qui le pressait. Mais seule cette femme l’a touché par la foi et a reçu la guérison. Jésus le dit au v. 34 : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et soit guérie de ton mal. »

  De même, beaucoup participent physiquement à la Sainte Cène sans jamais touché le Christ par la foi, et ils repartent spirituellement affamés, comme ils sont venus. Cette nutrition spirituelle progressive par la communion régulière produit une croissance dans la grâce et dans la communion de notre Seigneur.

   Tout comme un enfant ne grandit pas instantanément, mais se développe graduellement par une alimentation constante, notre vie spirituelle murit et s’approfondit par notre participation à la table du Seigneur. Chaque communion ajoute une mesure de force spirituelle, une portion de sagesse céleste, une dose de persévérance sanctifiée. Pierre nous exhorte en 2 Pierre 3,18 : « Croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. À lui soit la gloire maintenant et jusqu’au jour de l’éternité. »

   Cette croissance spirituelle n’est pas optionnelle pour le croyant authentique. Elle est la preuve-même que la vie divine habite en nous, et la Sainte Cène constitue l’un des moyens privilégiés que Dieu a établi pour favoriser cette croissance constante.

   Mais il y a plus encore dans ce mystère de la nutrition spirituelle. Non seulement la communion nous fortifie individuellement, mais elle nous unit aussi organiquement les uns aux autres. Rappelez-vous que nous mangeons tous du même pain et buvons tous à la même coupe. Cette participation commune créé entre nous des liens spirituels invisibles mais réels. Nous sommes nourris par la même source, abreuvés à la même fontaine, animés par le même Esprit. Cette unité organique dépasse largement la simple camaraderie humaine ou l’amitié naturelle. C’est une communion mystique qui fait de nous les membres vivants d’un même corps spirituel. Paul l’explique dans Éphésiens 4,15-16 : « En disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. De lui, le corps tout entier bien ordonné et cohérent, grâce à toutes les jointures qui le soutiennent fortement, tire son accroissement dans la mesure qui convient à chaque partie, et s’édifie lui-même dans l’amour. » 

  Voyez-vous cette image corporelle puissante ? Nous ne sommes pas des individus isolés qui participent séparément à un rituel commun. Nous sommes les cellules vivantes d’un organisme spirituel unique dont Christ est la tête. Quand nous nous nourrissons ensemble du pain de vie, nous renforçons les liens qui nous unissent, nous fortifions les connexions qui font de nous un seul corps harmonieux et coordonné.

   Cette réalité devrait révolutionner nos relations au sein de l’église. Comment pourrions-nous nourrir des rancunes ou des divisions alors que nous partageons la même vie spirituelle ? Comment pourrions-nous rester indifférent aux besoins des frères et sœurs alors que nous sommes organiquement connectés à eux par la communion au même Christ ?

   L’individualisme spirituel est une contradiction absolue avec la nature même de la Sainte Cène. 

  La nutrition spirituelle que nous recevons à la table du Seigneur produit également en nous des fruits visibles de sainteté pratique. Tout comme une alimentation saine améliore notre santé physique et notre vitalité, la communion régulière avec Christ améliore notre santé spirituelle et notre vitalité morale. Nous devenons progressivement plus patient, plus aimant, plus joyeux, plus paisible. Les fruits de l’Esprit muent naturellement dans une vie nourrie par la présence constante de Christ. Paul décrit ces fruits dans Galates 5,22-23 : « Mais le fruit de  l’Esprit est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi. »

   Ces qualités divines ne sont pas produites par nos efforts humains ou notre volonté personnelle. Elle sont le résultat naturel d’une âme constamment nourrie par Christ, d’un cœur régulièrement abreuvé à la source de la vie éternelle.

   Ne négligeons jamais cette dimension nutritive fondamentale de la Sainte-Cène. Venons à la table du Seigneur avec une faim spirituelle authentique. Approchons-nous avec foi, sachant que Christ se donne réellement à nous dans ce moment sacré. Recevons consciemment la nourriture céleste qu’il nous offre, et laissons cette nutrition divine transformer progressivement chaque aspect de notre être.

La sainte-Cène 2

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