Sophie HELMLINGER, le 20 septembre 2026
Matthieu 18 v 21 à 35
«Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère, les soldats seront troubadours, et nous, nous serons morts, mon frère ».
Vous connaissez ? C’est Raymond Lévesque, un chanteur québécois qui a écrit ce texte. Autrement dit « quand les hommes vivront d’amour, les poules auront des dents. » Pas beaucoup d’espoir là-dedans.
Il a sans doute chanté ce qu’il a observé. On peut dire, en effet, que l’’amour n’est pas ce qui règne en maître autour de nous. L’amour de l’argent, oui, l’amour du pouvoir, oui, mais l’amour qui pardonne… On ne peut pas vraiment reprocher à ce chanteur son pessimisme.
La bible dit tout à fait autre chose, elle offre bien des perspectives, celles du Royaume des cieux.
Miséricorde ou pardon ?
Pour méditer ce texte, je vais employer le mot « miséricorde » plutôt que le mot « pardon ou pardonner » qu’on a l’habitude d’utiliser quand on parle de cette histoire. Le mot « miséricorde » ou « faire miséricorde » apparaît au verset 33 : le Seigneur dit au serviteur impitoyable : « ne te fallait-il pas faire miséricorde, comme moi je t’ai fait miséricorde ? ». C’est la vraie traduction du grec. Mais tout le texte parle de cette miséricorde. J’en veux pour preuve le verset 27 : il est dit que le seigneur du serviteur est « ému aux entrailles », « touché de compassion », dans d’autres versions.
Pourquoi je préfère employer le mot « miséricorde », plutôt que le mot « pardon » ?
Parce que la miséricorde, c’est encore plus gratuit que le pardon, encore plus inconditionnel. Et surtout, c’est en amont du pardon. C’est parce qu’il y a miséricorde qu’il est possible de pardonner.
Je pardonne à partir de la faute de l’autre à mon égard. A un moment, elle est là, la faute, visible, tangible. Puis, je choisis d’apurer la dette, de la mettre de côté. Le pardon existe parce qu’il y a une faute. Pardon et faute, ça va ensemble, ce sont les eux faces d’une même pièce. La miséricorde existe en dehors de la faute.
La miséricorde règne dans le royaume des cieux
La miséricorde n’est pas juste une action passagère de Jésus ou de son Père, c’est la nature même de Dieu et sa manière d’exercer la justice en aimant d’abord. D’abord, Il aime. Puis il juge.
Par sa mort et sa résurrection, Jésus a installé un nouveau règne qui fait qu’avant de regarder nos erreurs, Dieu nous aime. Avant de condamner nos fautes, il nous aime. Avant de recevoir notre demande de pardon, il nous aime.
Comment est-ce possible ? Je viens de le dire : c’est grâce à Jésus. C’est parce qu’entre Dieu et nous, il y a Jésus qui a pris sur lui tout ce qui nous séparait de Dieu. Quand Dieu nous regarde, il nous voit rachetés par Jésus, il nous voit au bénéfice de ce que Jésus a fait pour nous. Oui, la miséricorde est le style de vie de Dieu, si j’ose dire, parce que c’est sa nature profonde.
Avec cette parabole, Jésus nous explique comment ça se passe dans le royaume des cieux.
Grâce à Lui, nous sommes dans un nouveau règne, dans une nouvelle ère, dans le règne de la miséricorde. Dans le Royaume des cieux la miséricorde est reine. C’est ce qui circule, c’est l’air qu’on respire, la monnaie d’échange, un style de vie, je ne sais pas trop comment le dire, mais c’est là.
Si miséricorde nous a été faite par Dieu le Père de Jésus, le roi des rois, ce n’est pas pour qu’elle circule de façon verticale, seulement de Dieu vers nous, mais c’est aussi pour que nous la vivions entre nous, de façon horizontale. Nous allons méditer ensemble comment c’est possible.
On va décrypter cette parabole pour mieux cerner la réalité dont Jésus nous parle. Moi, il m’a fallu écrire deux fois cette prédication pour comprendre ce que je suis en train de vous dire.
Dans un premier temps, le seigneur de cette histoire a traité le serviteur comme il le méritait vraiment : ce dernier lui devait beaucoup d’argent, il avait une grosse dette, le maître a fait ce qui était logique pour que cette dette soit remboursée : il a pensé vendre le gars et tout ce qui lui appartenait pour récupérer une partie de son argent. La dette était tellement énorme que de toute façon, il était quand même perdant.
Mais la grâce est intervenue parce que le Seigneur avait des entrailles de compassion. Il lui a fait grâce. Il lui a fait miséricorde et il a choisi d’effacer la dette. Fini, tu ne me dois plus rien.
Faisons un arrêt sur image ; ça nous rappelle quelque chose, cela ? Oui, la dette que nous avions envers Dieu, c’est Jésus qui l’a effacée en mourant et en ressuscitant. Terminée, la dette. Quand Dieu nous regarde au travers de son Fils, Il ne voit plus la dette. Nous sommes quittes. Nous ne devons plus rien à Dieu. Si ce n’est notre reconnaissance éternelle.
Je remets le film de la parabole en route.
Donc, le seigneur offre sa miséricorde à son serviteur. Il l’introduit dans une ère nouvelle. On pourrait nous aussi utiliser une image pour comprendre l’image : le seigneur ouvre la porte d’un royaume où règne la miséricorde. Et il y fait entrer son serviteur.
Qu’est-ce qu’il se passe quand notre bonhomme saisit à la gorge son copain qui lui doit des sous ? De lui-même, il sort de ce royaume. De lui-même, il refuse la nouvelle réalité de ce mode de vie.
Résultat des courses : tu ne veux pas t’installer dans ce règne de la miséricorde ? Ok, dont acte. Alors parce que tu es retourné dans un monde sans miséricorde, logiquement, tu payes ta dette. Le jugement, c’est toi qui y entres. C’est toi qui le poses sur ta vie. Tu deviens ton propre juge.
La miséricorde : notre héritage
J’ai une grande nouvelle à vous annoncer : la miséricorde, c’est notre héritage puisque nous sommes citoyens du royaume des cieux. Le chanteur Raymond Lévesque ne le savait pas. Il n’était pas au courant que le règne de la miséricorde a été installé sur cette terre. Il ne savait pas que Dieu ne se contente pas d’une circulation verticale de la miséricorde, il veut que cela circule aussi de façon horizontale.
Aujourd’hui, grâce au saint Esprit, c’est nous qui en sommes les dépositaires. C’est ce que Dieu attend de nous ; « Ne fallait-il pas que tu fasses miséricorde à ton prochain comme moi je t’ai fait miséricorde ? » Si tu es citoyen de mon Royaume, c’est comme ça que tu dois faire, mon fils, ma fille. Ça ne peut pas être autrement. Ce n’est pas dépendant de ton bon vouloir, c’est une loi de vie.
Attention, ce texte est très clair : il ne nous invite pas à une forme d’humanisme. Il ne nous pousse pas à créer de la miséricorde à l’intérieur de nous, à faire des efforts pour la trouver.
Jésus nous donne la clé : la miséricorde dont nous avons à faire preuve ne vient pas de nos entrailles, elle vient du cœur de Dieu, du cœur du Père, du cœur de mon Père. Un seul moyen pour y accéder : me connecter au cœur de mon Père qui est dans les cieux.

