• le 12 mars 2023

JÉSUS NOUS PRÉCÈDE EN GALILÉE

Alain NADAL

Mc 16,1-8

   Le fait de connaître et de relire les textes de la résurrection de Jésus depuis tant d’années risque de nous empêcher de comprendre l’état d’esprit des disciples et de ceux qui avaient suivi Jésus, lorsqu’ils ont vu que le corps de Jésus avait été déposé dans une tombe, comme n’importe quel autre homme. Pour eux, c’était comme si tout s’écroulait. Souvenez-vous ce que les disciples d’Emmaüs ont dit à leur compagnon de route qu’ils n’avaient pas reconnu : « Nous espérions que ce serait lui (Jésus) qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces événements se sont produits » (Lc 24,21).Trois jours après la mort de Jésus, ils étaient toujours choqués. On peut facilement imaginer que tous les autres disciples étaient dans le même abattement.

   Cela a dû être terrible ! En effet, tout ce que Jésus leur avait dit, toute l’espérance qu’ils avaient placée en lui en le voyant guérir les malades, ressusciter les morts, tous les enseignements sur le Royaume de Dieu… tout cela s’écroulait, partait en fumée ; parce que Jésus était mort et enterré, victime d’un procès injuste initié par des chefs religieux, et exécuté par le pouvoir politique en place. !

   Nous le savons tous : Plus on place haut ses espoirs, plus la chute est terrible lorsque l’espoir est déçu. C’est la même désillusion qui devait occuper l’esprit des 3 femmes mentionnées dans notre texte, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé. Pourtant, contrairement aux disciples, elles trouvent encore la force d’agir. À cause du sabbat, elles n’avaient pas pu embaumer le corps de Jésus. Alors, le dimanche, de grand matin, elles reviennent à la tombe pour ce rituel. C’est tout ce qu’il leur reste à faire : embaumer un mort !

   Mais au moment où elles arrivent devant la tombe, en se demandant comment elles vont pouvoir rouler l’énorme pierre qui ferme l’entrée, elles découvrent que la tombe est ouverte. Elles ont le courage d’y entrer. Et là, leur vie va être bousculée, parce qu’un mystérieux jeune homme en robe blanche leur annonce une chose incroyable : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n’est pas ici » (v. 6).

   C’est déjà bouleversant d’entendre dire que celui qu’elles avaient vu mort est vivant ! Mais ce qui va changer leur vie, c’est ce que l’ange ajoute : « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : C’est là que vous le verrez comme il vous l’a dit » (v. 7).

   Elles sont tellement effrayées qu’elles s’enfuient en courant, sans obéir tout de suite à la consigne que l’ange leur donne. Elles le feront plus tard.

   La résurrection de Jésus est déjà, en soi, un événement « incroyable » ! Mais elle a en plus des conséquences extraordinaires : Elle va permettre aux disciples et à ces femmes de revoir celui qu’ils aimaient, car Jésus les précède en Galilée.

   Remarquez ce que dit l’ange : il vous précède. Il ne dit pas : Il les précède, c’est-à-dire les disciples. Dans ce vous, il y a les disciples, bien sûr, mais il y a aussi ces 3 femmes. Dans ce vous, il y a aussi tous ceux qui aiment Christ : il y a vous et moi ! C’est une histoire qui nous concerne tous aujourd’hui encore.

   C’est cela la bonne nouvelle qui change tout ! Cet ange ne leur dit pas que la rencontre avec le Ressuscité est pour plus tard, après leur mort, dans le Royaume de Dieu. NON !  C’est maintenant, sur cette terre, dans leur vie présente.

   Alors, on peut imaginer que tout ce qui s’était écroulé dans leur cœur, dans leurs pensées, dans leurs espoirs, tout cela reprend forme. Un peu comme ces images de dynamitages d’immeubles que la TV nous montre parfois. Lorsqu’on nous repasse le film à l’envers, ce qui n’était qu’amas de poussière et de décombres se reconstruit soudain, et le bâtiment reprend l’aspect qu’il avait avant la destruction.

   Alors, tout va-t-il pouvoir recommencer, pour les disciples et ces femmes, après la résurrection ? OUI ! Comme avant ? NON ! Pas comme avant : Bien mieux qu’avant. Pourquoi ? Parce que Jésus est ressuscité ; c’est-à-dire : Il est vivant, pour toujours !

   Bien sûr, ces 3 femmes et les disciples ne peuvent pas encore comprendre vraiment ce que signifie cette résurrection. Pour le comprendre, il faudra qu’ils soient témoins de l’ascension de Jésus, et de l’effusion de l’Esprit, le jour de la pentecôte.

   La résurrection de Jésus n’a rien à voir avec celle de Lazare (Jn 11,1), ou celle de la fille de Jaïrus (Mc 5,21). Ces 2 résurrections et toutes les autres étaient des « signes » que le Royaume de Dieu s’était approché, dans la personne de Jésus ; des signes au même titre que les guérisons diverses opérées par Jésus ou la multiplication des pains.

   Si notre foi s’arrête à ces actes spectaculaires, il nous manque encore de comprendre l’essentiel. C’est bien ce que Jésus dit aux foules qui le cherchent partout, après qu’il ait multiplié les pains et les ait nourries : « Vous me cherchez partout, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6,26). Ces gens sont loin de comprendre ce que Jésus voulait leur faire comprendre. Ils ne voient que le miracle des pains multipliés, mais ne comprennent pas le sens de ce signe.

   Alors, Jésus ajoute : « Travaillez non en vue de la nourriture qui périt, mais en vue de la nourriture qui subsiste pour la vie éternelle, celle que le `Fils de l’homme vous donnera « ( Jn 6,27).

   Qu’est-il essentiel de comprendre au-delà de ces signes spectaculaires ? Il faut comprendre que dans la nuit de Pâques, Dieu a arraché Jésus à la mort, cette mort qui n’avait aucun droit sur Lui. Il a ainsi prouvé que la personne de Jésus tout entière est la VIE. N’est-ce pas ce que Jésus avait dit à ses disciples : « Je suis le chemin la vérité et la vie » (Jn 14,6). Et ne dit-il pas à Marthe, avant de ressusciter son frère Lazare : « Moi, je suis la résurrection et la vie ? » (Jn 11,25).

   Avoir foi au Christ, c’est beaucoup plus que croire en lui : C’est recevoir sa vie, comme le dit 1 Jean 5,11-12 : « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils n’a pas la vie ».

   L’ange dit aux femmes qui sont entrées dans le tombeau : « Il vous précède en Galilée »

   Il y a 2 mots importants dans cette affirmation : Le verbe précéder ; et le lieu : La Galilée.

   « Précéder », cela veut dire : Marcher devant. L’ange dit à ces 3 femmes, et donc à nous : Celui qui est vivant pour l’éternité, Celui qui est la Vie, Celui qui donne la Vie marche devant nous, pour peu que nous venions au rendez-vous qu’il nous fixe.

   Permettez-moi d’insister sur l’importance de ce verbe précéder : Jésus ne nous « attend » pas en Galilée ; il nous « précède », c’est-à-dire, il marche devant nous. Concrètement, cela veut dire que la rencontre que le Christ ressuscité propose aux croyants n’est pas une « vie statique », mais une « marche », une marche permanente à sa suite.

   Jésus n’a jamais demandé à ses disciples de « l’accompagner ». Il leur a toujours demandé de le « suivre ». Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres (Jn 8,12). Suivez-moi, et je vous ferai pêcheur d’hommes (Mt 4,19). Si quelqu’un me sert, qu’il me suive(Jn 12,26).

   Sommes-nous conscients des implications extraordinaires de cette affirmation : Il vous précède en Galilée ? Sommes-nous conscients de la force qu’elle peut nous donner si nous la prenons au sérieux ?

   Pour nous conduire dans notre vie de tous les jours, pour nous soutenir dans les épreuves, pour nous apprendre à pardonner, pour nous guider dans nos choix, Jésus nous précède. C’est Lui le chemin !

   Quand nous avons besoin d’être encouragé, d’être relevé, d’être consolé, guéri…Jésus ne se fait pas attendre, il ne se fait pas prier. NON ! Il nous précède, il marche devant nous. Cela veut dire qu’il est déjà là lorsque nous désirons le rencontrer. Il connaît notre situation. Il connaît nos besoins, notre cœur, notre personnalité ; il nous ouvre toutes les portes et prépare les chemins où il veut nous conduire.

   Le psalmiste avait déjà exprimé cette merveilleuse certitude qui ne peut que renforcer la confiance que nous pouvons placer en Dieu : « Où irai-je loin de ton Esprit, et où fuirai-je loin de ta face ? Si je monte au cieux, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille demeurer au-delà de la mer, là aussi ta main me conduira, et ta droite me saisira » (Ps 139,7-10).

   Frères et sœurs, prenons conscience que ces paroles ont été inspirées par l’Esprit de Dieu. Ce n’est pas de la poésie : C’est la vérité.

Où Jésus précède-t-il ses disciples ? En Galilée. Jésus n’a pas choisi cette région en jouant à pile ou face. En effet, c’est là qu’il a commencé son ministère. C’est là qu’il accomplit ses premières guérisons qui étaient autant de signes forts que le Royaume de Dieu s’était approché, comme il l’a dit lui-même (Mc 1,15). C’est là aussi qu’il a choisi ses 12 disciples pour les former à la mission qu’il leur confie. C’est comme si Jésus voulait dire aux femmes et aux disciples : « Je vous donne rendez-vous là où tout a commencé, et je vous appelle à un nouveau commencement. Je vais vous quitter physiquement mais je serai toujours avec vous, par l’Esprit-Saint que je vais vous envoyer, pour que vous puisiez continuer à me suivre ».

Que représente la Galilée pour nous aujourd’hui ?

  Dans l’histoire d’un homme ou d’une femme, il y a au moins 2 commencements. Le premier, c’est le jour de notre naissance. Tout le monde passe par ce commencement.

   Le second, c’est le jour de notre rencontre avec le Christ ressuscité, c’est-à-dire le jour où nous nous rendons au rendez-vous qu’il nous a fixé en Galilée.

   Beaucoup d’hommes entendent parler de Jésus dans leur enfance, à travers l’école biblique et le catéchisme. Beaucoup ont entendu dire qu’il est ressuscité le matin de Pâques. Mais, concrètement, qu’est-ce que cela a changé dans leur vie ?

  Pour que la vie des hommes change vraiment, il faut qu’ils rencontrent le Christ ressuscité, et marchent à sa suite. Il faut un re-commencement, une conversion, une nouvelle naissance. C’est cela notre Galilée. C’est dans ce re-commencement, dans cette rencontre que le Christ va pouvoir insuffler sa Vie, dans chaque domaine de notre vie : notre famille, l’église, nos rencontres, notre travail, nos loisirs, notre couple…

   Alors, nous expérimenterons que Christ marche devant nous dans nos souffrances, nos maladies. Il marche devant nous dans nos doutes, nos faiblesses, nos péchés, sachant que c’est par sa mort et sa résurrection que nous sommes pardonnés et que vous recevons sa vie.

   Il marche devant nous dans nos joies, nos espérances, nos aspirations, nos dons… Bref, dans tout ce qui compose notre vie. C’est dans tous ses domaines que Jésus nous appelle à le suivre pour qu’il y mette sa vie.

   La vie chrétienne ne devrait jamais être cloisonnée, avec des domaines où nous acceptons que Dieu règne, et d’autres où nous préférons gérer nous-mêmes les choses.

   Le vie chrétienne englobe la totalité de notre vie et de notre être. Et Christ nous appelle à le rencontrer dans cette totalité, car il veut y insuffler sa vie.

   Jésus appelle chaque homme, chaque femme, chaque enfant à se rendre en Galilée.

Si vous ne vous êtes pas encore mis en marche, pourquoi ne pas le faire maintenant ?

Si vous vous êtes arrêtés en chemin, pourquoi ne pas décider de repartir maintenant ?

   Le Seigneur a pour nous tous le même amour : Il ne nous juge pas, il ne nous menace pas, il ne nous condamne pas. 

   Il nous appelle, car il nous aime, et veut nous donner le meilleur : SA VIE.

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