Matthieu 1 versets 18 à 25
Quel contraste entre cet enfant que nous fêtons à Noël, fragile, totalement dépendant de la bonne volonté des êtres humains, et ce Jésus devant qui nous nous tiendrons un jour avec tous les êtres humains, et qui partagera les uns et les autres, en disant aux uns « retirez-vous de moi, je ne vous ai jamais connus » Mt 7.23 et aux autres « entre dans la joie de ton maître » Mt 25.21. Et ce partage n’est pas forcément entre chrétiens et non-chrétiens, loin de là !
Quel contraste entre cet enfant dépendant des êtres humains et ce Jésus qui ressuscite Lazare, déjà enterré depuis quatre jours ! Fragilité et puissance de vie en même temps.
Ce contraste nous est complètement incompréhensible. En avoir reçu la compréhension, c’est le signe que l’Esprit de Sainteté est venu en nous. Ce contraste est justement voulu pour cela, pour que nous réclamions l’aide de l’Esprit de Sainteté. L’évangile et même toute la Bible nous présentent Jésus-Christ à la fois comme le Seigneur Tout Puissant et comme un nourrisson. Ils nous présentent Jésus-Christ comme le Créateur de tout, et comme celui qui est né d’une de ses propres créatures, la vierge fille de Sion, Marie. Comprendre cela nous est absolument impossible. Mais l’avoir compris est le signe que l’Esprit de sainteté est venu.
Jésus lui-même aimait s’appuyer sur ce contraste incompréhensible pour nous aider à venir à lui. Par exemple, en une seule phrase il nous dit deux choses contradictoires : « si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes ». D’après la vision du prophète Daniel chapitre 7, le Fils de l’homme, c’est Celui qui jugera tous les peuples à la fin des temps. Manger sa chair et boire son sang, comme nous le faisons à la Sainte-Cène, c’est contradictoire avec une position si élevée du Fils de l’homme.
La contradiction entre la petitesse de Jésus-Christ et sa grandeur insondable nous est aussi indiquée dans l’Apocalypse. On annonce à l’apôtre Jean qu’il va voir le lion de la tribu de Juda, et qu’est-ce qu’il voit ? Je le cite : « Alors je vis : au milieu du trône… un agneau se dressait, immolé » Ap 5.6. Alors, lion de Juda, ou agneau égorgé ? Le plus fort ou le plus faible ? Les deux, vraiment les deux.
C’est pour cela que Noël est tellement important : nous sommes invités à nous approcher d’un enfant, qui est le Fils du Dieu Très-Haut. Dans cet enfant nous sommes invités à nous approcher du Créateur Dieu lui-même.
Cette naissance nous concerne au plus haut point. Nous sommes atteints par cette naissance. Car nous devons nous-mêmes naître ainsi. Jésus est venu pour accomplir cela, pour naître en nous. A la fin de son ministère terrestre, peu avant de mourir, de ressusciter et de monter vers le Père, Jésus dit : « demeurez en moi comme je demeure en vous » Jn 15.4. Il a accompli sa naissance en nous. L’ange a dit à Joseph : « ce qui en Marie a été conçu de l’Esprit provient du lieu Saint » Mt 1.20 selon la traduction syriaque. Ce qui en Marie a été conçu de l’Esprit provient du lieu Saint. Le Père enfante son Fils aujourd’hui par l’Esprit du lieu Saint en nous.
Il ne vient pas dans ce qui fait notre force, il vient dans ce qui fait notre mort et notre impuissance la plus complète : notre péché. L’ange dit à Joseph : « c’est lui qui entraînera son peuple loin de ses péchés ». Je préfère cette traduction à celle qui dit : « il sauvera son peuple de ses péchés ». Jésus nous entraîne loin de nos péchés. Il nous associe à sa vie de Ressuscité. Dans la vie du Ressuscité nous sommes nous aussi orientés vers l’accomplissement de la volonté du Père. C’est la vie de l’Esprit du lieu Saint. Il ne s’agit plus de nos efforts pour faire les commandements, pour devenir humble ou que sais-je. C’est la vie de l’Esprit, qui accomplit en nous ce qu’il a accompli en Jésus-Christ.
Yeshoua est un nom que Joseph n’a pas choisi, et il doit le donner au fils de Marie, parce qu’il signifie cela : « il entraînera son peuple loin de ses péchés ». Loin, loin, loin, jusque vers leur Père, vers le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, le Créateur.
Jésus a eu besoin d’être adopté par Joseph. Il n’avait aucun pouvoir. Tout dépendait du bon vouloir d’un homme juste, Joseph. Joseph envisageait de laisser Marie, la jeune fille qui s’était engagée à être sa femme. Elle lui a très probablement raconté l’origine de sa grossesse. On n’est pas obligés de penser croire qu’il ne l’a pas crue. Bien plutôt, il voulait la respecter comme mère du Fils de Dieu, et ne pas l’empêcher de vivre ce qu’elle doit vivre directement avec Dieu. Certainement qu’il était amoureux, mais, parce que c’était un homme juste, il envisageait de renoncer au mariage avec celle qu’il aimait. Parce qu’il voyait bien qu’elle avait quelque chose à vivre avec Dieu, quelque chose en quoi il ne devait pas interférer.
Une femme actuellement, à qui Dieu a donné un ministère puissant au Mozambique, parmi les plus pauvres, avait un amoureux quand elle était jeune. Et le Seigneur lui a demandé d’épouser quelqu’un d’autre. Elle a obéi. Elle a fait au Seigneur l’offrande de sa vie amoureuse. Elle s’appelle Heidi Baker. C’est avec Roland son mari choisi par Dieu, qu’elle a pu avoir le ministère qu’elle a encore actuellement. D’autres personnes comme mère Térésa ont aussi offert leurs projets conjugaux au Seigneur et ont vécu dans le célibat une fécondité qui vient de Dieu.
Joseph, lui, doit épouser Marie car sinon, Jésus ne pourra pas être considéré comme descendant de David. Les nombreuses prophéties de la Bible seraient invalidées. La succession généalogique par laquelle commence l’évangile de Matthieu, aurait échoué. Toutes ces prophéties grandioses concernant le fils de David dépendaient de l’obéissance de Joseph à l’ordre de l’ange. Il lui est demandé d’épouser Marie. On parle souvent du « oui » de Marie à l’ange, mais il y a aussi le « oui » de Joseph à l’ange. Tout y est suspendu, le passé, le présent et l’avenir. Et aujourd’hui tout le projet de Dieu pour le salut du monde dépend aussi de notre « oui » à sa volonté.
Jésus n’a pas reçu le nom d’Emmanuel bien que ce nom ait été prophétisé par Esaîe. Comment comprendre cela ? L’évangile de Matthieu se termine sur cette parole de Jésus : « et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » Mt 28.20. Je suis « Emmanuel », Dieu avec vous, c’est le sens de ce nom. Il est avec nous pour quoi faire ? Pour faire la volonté du Père, pour que nous ne cessions jamais de la faire.
Après bientôt deux mille ans de christianisme pouvons-nous dire que l’Eglise a fait cette volonté ? Plutôt que de répondre à cette question, regardons comment les nations dites chrétiennes ont traité les Juifs, des Juifs comme Joseph, comme Marie. C’est d’eux que Jésus est né. Nous avons fait comme Hérode à Bethléhem, qui a fait tuer tous les enfants juifs de Bethléhem de moins de deux ans. Nous l’avons réellement fait en beaucoup de villes en Europe et nous sommes imités encore aujourd’hui par des milliers d’antisémites. Nous avons traîné les Juifs dans la calomnie, le mépris, et cet enseignement du mépris qui a duré des siècles en Europe est resté dans l’inconscient de ceux qui ne sont plus chrétiens. On ne sème pas le mensonge pendant si longtemps sans qu’il imprègne même ceux qui ne se reconnaissent plus dans le christianisme. Beaucoup d’églises protestantes refusent de dire que les Juifs sont encore aujourd’hui le peuple de Dieu.
J’ai commencé cette prédication en parlant des contrastes dans l’évangile. Contrastes incompréhensibles mais quand on les comprend, c’est le signe que l’Esprit du lieu Saint nous a visités.
Avec l’antisémitisme si longtemps virulent chez les chrétiens et qui s’est mondialisé, nous rencontrons un autre contraste, dans l’histoire réelle de l’Eglise : comment avons-nous pu persécuter si longtemps les Juifs dont Jésus est précisément le Roi ? Comment avons-nous pu contribuer activement ou passivement à ce que tant de Juifs soient tués au cours des siècles, leur déniant même la dignité de « peuple de Dieu », alors que l’ange dit à Joseph : « il conduira son peuple loin de ses péchés » Mt 1.21 ?
Il n’y a qu’une réponse à cela : c’est à cause de notre orgueil. Nous avons sous-estimé notre propension à l’orgueil, même en tant que croyants en Jésus. La foi est un don. Personne ne peut se glorifier de ce qu’il ait reçu ce don. Quand vous ouvrez vos cadeaux à Noël, vous n’avez pas l’idée de vous glorifier, vous n’avez que de la reconnaissance pour la personne qui a pensé à vous.
Devant Dieu qui dirige de A à Z l’histoire du salut, nous n’avons qu’une attitude valable : la reconnaissance. L’orgueil est notre pire adversaire, c’est ce qui nous fait ressembler le plus au diable. Venons à l’enfant dans la crèche. C’est Lui notre Seigneur. Pas d’orgueil en lui. Amen.
