• le 15 mars 2026

LE CHEMIN DE LA CROIX

Alain NADAL

1 Co 1,10-13  ; 3,1-3

  Nous sommes-nous déjà posé la question : Qui gouverne notre vie ? Qu’est-ce qui décide de nos actions ? 

  Nous avons peut-être été appelé, nous sommes peut-être sauvé, mais cela signifie-t-il que nous connaissons vraiment la vie spirituelle ? L’apôtre Paul regardait les croyants de Corinthe et voyait une contradiction : Ils étaient sauvés, mais vivaient comme des êtres charnels. Ils confessaient Christ, mais dans leurs coeurs et leurs attitudes, ils avaient les mêmes passions, les mêmes conflits, les mêmes désirs qui dominent tout homme naturel.   

  Voyons-nous aussi cette contradiction en nous, ou nous y sommes-nous habitué ? Être charnel, en effet, ne signifie pas seulement tomber dans des péchés évidents. Cela signifie : vivre sans la direction du Saint-Esprit. C’est continuer à être soi-même la référence ultime pour nos choix. La chair n’accepte pas de perdre le contrôle. Tant qu’il y aura de la jalousie, des disputes, de la vanité et de l’orgueil, il est impossible de dire que l’on vit dans l’Esprit.

  Nous voulons connaître la vie spirituelle, mais nous refusons d’abandonner ce qui nourrit notre chair. Nous ne pouvons pas espérer grandir si nous luttons encore pour maintenir en vie ce qui devrait être passé par la croix. 

  Beaucoup de chrétiens parlent de Christ, étudient la parole, fréquentent des réunions, mais continuent à vivre pour eux-mêmes. Ils n’ont pas faim de Dieu, ils n’ont pas soif de l’Esprit. Ils veulent les avantages de la vie chrétienne sans le coût de la croix. L’église est remplie de personnes comme celles-ci, portant le nom de Christ, mais vivant comme des hommes naturels. Ils sont toujours à la recherche de quelque chose qui satisfasse leur âme, mais ne sont jamais prêts à renoncer à quoi que ce soit. 

   Nous avons entendu beaucoup d’enseignements, mais comment répondons-nous à la voix de l’Esprit ? Prenons conscience que le Saint-esprit n’habite pas dans la chair, il ne l’améliore pas, il ne la perfectionne pas. L’Esprit n’a pas été donné pour rendre la chair moins charnelle, mais pour la conduire à la croix. 

   Si nous prions Dieu en lui demandant la force de vaincre, si nous lui demandons de nous aider à être meilleur, ce n’est pas le chemin ! Le chemin, c’est la mort de la chair. Nous voulons vaincre, mais nous voulons encore préserver quelque chose. Nous voulons surmonter le péché, mais sans perdre ce qui nous plaît.  Comprenons que tant qu’il y aura en nous quelque chose qui résiste, nous serons encore loin de la véritable libération. La Croix n’est pas une théorie, c’est un fait accompli. Nous avons été crucifié avec Christ, mais nous vivons comme si nous étions encore aux commandes. Si notre plus grand désir est de vivre dans l’Esprit, alors, il n’y pas d’autre chemin : La chair doit mourir

   Mais nous résistons, nous voulons encore un peu de notre propre vie. Si nous ne permettons pas à l’Esprit de faire mourir la chair, nous reviendrons  toujours au même endroit, pris au piège du cycle de la chair, incapable d’avancer. 

   Il n’y a pas de progrès dans la vie spirituelle tant qu’il y a négociation avec Dieu. Soit la chair est livrée au Seigneur, soit elle continuer à gouverner. Nous pouvons entendre, comprendre, et même être d’accord avec ce que dit la Parole. Mais si nous ne permettons pas à cette Parole de nous traverser et de faire mourir notre chair, elle ne sera qu’une connaissance de plus. La Croix doit être réelle, elle doit toucher là où cela fait mal, là où nous essayons encore de cacher, là où nous pensons pouvoir encore garder une certaine emprise. 
Si nous sommes guidé par nos émotions, si nous avons besoin de reconnaissance, si nous cherchons d’abord ce qui nous plaît, s’il y a des conflits en nous, s’il y a de l’inquiétude, s’il y a  de l’orgueil, alors c’est le signe que la chair a encore le contrôle. Nous pouvons parler de Christ, nous pouvons enseigner, mais tant que la chair sera vivante, elle sera la force qui motive nos actions. 

   Beaucoup de chrétiens croient qu’ils vont bien parce qu’ils fréquentent l’église, parce qu’ils connaissent la doctrine, parce qu’ils ont une vie morale correcte. Mais qu’est-ce que cela signifie devant Dieu ? La chair ne se manifeste pas seulement dans les péchés évidents ; la chair peut être religieuse, elle peut être disciplinée, elle peut sembler spirituelle, elle peut même être fière de sa propre humilité, elle peut tromper les autres, et pire encore, elle peut nous tromper nous-même. Le danger ne réside pas seulement dans le péché ; il réside dans l’illusion, dans le faux sentiment d’être arrivé au bon endroit. Si nous nous voyons comme quelqu’un de mûr, comme quelqu’un qui a déjà compris, qui a déjà vaincu, alors, demandons-nous : Cela vient-il de l’Esprit ou de la chair ? Comprenons que l’Esprit n’élève pas l’homme, il ne le place pas dans une position de sécurité humaine. L’Esprit conduit toujours à la Croix. 

   Ne demandons plus à Dieu la force de vaincre. Ne lui demandons plus de nous aider à être meilleur. Ce n’est pas le chemin ! Le chemin n’est pas d’améliorer la chair ; le chemin, c’est de la tuer. 

   Quand nous voulons négocier avec Dieu, préserver quelque chose, ou voulons qu’il nous donne la victoire, mais sans le coût de la mort, nous ne faisons que retarder la libération. Parce que tant qu’il y aura en nous quelque chose qui résiste, nous serons encore loin de ce que Dieu désire. 

   Dans Gal 5,24, Paul écrit  « Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit ». Vivons-nous comme quelqu’un de crucifié, ou agissons-nous encore comme si nous avions des droits sur notre propre vie ? 

  Ce qui importe, ce n’est pas ce que nous savons, combien de versets nous connaissons, depuis combien de temps nous fréquentons l’église. Ce qui importe, c’est de savoir si nous avons déjà perdu le droit sur notre propre vie, si nous avons déjà tout livré, si nous avons déjà renoncé à toute revendication d’être quelqu’un, d’avoir quelque chose, de vouloir quelque chose. 

   Voulons-nous grandir ? Si nous voulons mieux connaître Dieu, nous devons être prêt à tout perdre : notre propre identité, le droit d’être quelqu’un. La Croix n’est pas un chemin de gloire humaine ; la Croix est un chemin de mort. Sommes-nous prêt à cela ?

   Tant que nous ne le serons pas, tout ce que nous ferons sera l’œuvre de la chair. Ce que nous faisons peut sembler juste, cela peut sembler bon, cela peut même sembler spirituel, mais ce ne sera que de la chair. Ce qui nait de la chair reste chair (Cf. Jn 3,6). Et la chair ne pourra jamais plaire à Dieu.
  Tant que la chair sera vivante, la fin sera toujours la même : L’échec. Parce que la chair ne peut rien produire qui soit acceptable pour Dieu. Peu importe à quel point nous sommes bien intentionné, discipliné, sincère. Si cela vient encore de la chair, cela ne peut pas plaire à Dieu. 

   Alors, que faire ? Que reste-t-il pour celui qui a déjà tout essayé, qui a déjà cherché, prié, pleuré, fait des promesses, pris des engagements tant de fois, et qui continue pourtant à tomber ? La réponse n’a pas changé : La chair doit mourir. Elle ne peut pas être réformée, être renforcée, être dirigée vers quelque chose de bien. Elle doit mourir. Mais nous résistons, nous essayons de préserver quelque chose. 

   Il y a des domaines que nous livrons facilement, mais il y a ceux que nous protégeons. Il y a des péchés que nous détestons, mais il y a des désirs que nous gardons encore. Nous voulons que Dieu transforme notre vie, mais nous voulons qu’il le fasse sans toucher à ce que nous voulons encore garder. Mais Dieu ne négocie pas avec la chair. Nous prions en demandant plus de force. Mais le problème n’est pas le manque de force ; ce n’est pas que nous sommes faible ; le problème c’est que nous sommes encore vivant. En effet, si nous étions mort, nous ne résisterions plus. Celui qui est mort ne se bat plus, il ne se débat plus, n’argumente plus. Mais nous argumentons encore. Nous discutons encore avec Dieu, nous expliquons encore nos raisons, nous essayons encore de trouver un compromis. Et tant que nous résisterons à la croix, la croix sera un poids sur nous. 

   Nous nous demandons souvent : Pourquoi la vie chrétienne est-elle si difficile ? Pourquoi tant de poids, tant de fatigue ? La fatigue vient de la résistance ! Nous luttons contre la Croix au lieu de nous y livrer. Nous essayons de porter la Croix sans mourir dessus. Mais la croix n’a pas été faite pour être un fardeau ; la Croix a été faite pour tuer. Si nous allions à la Croix avec Christ, si nous acceptions la mort, si nous renoncions à toute revendication, alors le poids disparaîtrait. Non pas parce que la vie deviendrait facile, mais parce que ce ne serait plus nous qui vivrions. Nous sentons encore tout le poids, parce que nous sommes encore vivant. Nous souffrons encore parce que nous nous battons pour garder quelque chose. Mais celui qui est déjà mort ne sent plus la douleur de la mort. L’apôtre Paul a dit : « J’ai été crucifié avec Christ ; ce n’est plus moi qui vis, mais Christ vit en moi. » (Gal 2,20) Cela doit être plus qu’un verset appris par cœur; cela doit être réel, cela doit être vécu. Si nous n’avons pas encore été crucifié, nous ne pouvons pas dire que Christ vit en vous. Parce que pour que Christ vive en nous, nous devons mourir. Pour que l’Esprit règne, la chair doit être enlevée. Pour que Dieu ait une une domination totale, nous devons perdre tout droit sur nous-même. 

   Nous pensons peut-être que nous avons déjà livré notre vie à Dieu. Regardons plus profondément. Avons-nous livré seulement ce que nous ne voulions plus ? Ou avons-nous vraiment tout livré ? Dieu n’accepte pas les demi-mesures : Soit c’est tout, soit c’est rien. Beaucoup se demandent pourquoi ils n’ont pas encore expérimenté la vie abondante, pourquoi ils vivent encore dans un cycle de chûtes et de repentirs, de promesses brisées, d’avancée et de recul. La réponse est toujours la même : La chair est encore vivante. 

  La chair reviendra toujours à ce qu’elle est. Nous pouvons la contrôler pendant un certain temps, la discipliner, la surveiller, l’entourer de règles, nous pouvons construire des murs autour, mais à la fin, elle trouvera un moyen de s’exprimer. Et quand cela arrivera, nous verrons que rien n’a changé. La seule libération se produit quand la chair meurt. Mais cela ne se fait pas sans douleur. La Croix n’a jamais été confortable, n’a jamais été un chemin facile. Nous voulons que Dieu nous emmène plus profondément, nous voulons qu’il nous transforme, qu’il nous remplisse de l’Esprit, mais nous ne voulons pas passer par la mort.

   Dieu attend, il ne nous force pas, il ne nous pousse pas vers la Croix. Il attend que nous nous livrions, que nous choisissions de mourir, que nous réalisions enfin qu’il n’y a pas d’autre chemin. Nous pouvons continuer à faire semblant, penser que nous avons déjà tout compris, que nous sommes déjà arrivé au bout du chemin.

  Ou bien, nous pouvons nous rendre vraiment. Nous pouvons aller jusqu’à la Croix, et non seulement la regarder, non seulement en parler, mais nous allonger dessus et ne plus nous relever. 

   Si nous faisons cela, quelque chose de nouveau commencera, parce que là où il y a la mort, Dieu apporte la résurrection. Là où la chair se rend, l’Esprit à la liberté d’agir. Là où il n’y a plus de conflit, il y a la paix. Quand quelqu’un se livre vraiment à la Croix, il n’y a plus de résistance, il n’y a plus de tentative de contrôle, il n’y a pas de justification. Il y a seulement la mort. Et après la mort, la résurrection. Mais la résurrection ne vient pas avant la mort. Le problème est que beaucoup veulent la vie de résurrection sans passer par la Croix. Ils veulent la puissance de l’Esprit sans la renonciation de la chair. Ils veulent la plénitude de Dieu sans renoncer à eux-mêmes. Mais il n’y a pas d’autre chemin, il n’y a pas de raccourci . Le seul chemin est la Croix. Le Saint-Esprit n’est pas venu pour nous donner une vie meilleure. Il est venu pour nous conduire à la Croix ; il est venu pour garantir que rien de la chair ne survive ; pour nous amener à un point où nous ne pouvons plus compter sur nous-mêmes, où il n’y a plus rien que nous puissions offrir, où tout ce qui reste, c’est Christ

   Si cela nous semble lourd, si cela nous semble difficile, alors, c’est que nous n’avons pas encore compris ce que signifie se reposer en Dieu. Ceux qui passent par la Croix trouvent finalement le repos, connaissent la paix, vivent sans poids, sans fardeau, sans culpabilité. Mais cela n’arrive que lorsqu’il n’y a plus de résistance. Tant que nous lutterons, nous continuerons à souffrir. Tant que nous voudrons préserver quelque chose, nous resterons prisonnier. Tant que nous aurons peur de perdre, nous ne ne connaîtrons jamais ce que signifie vraiment gagner. 

   Comment est-il possible qu’après tant de temps, après tant de prières, de promesses faites, tant de décisions prises, la chair ait encore du pouvoir ? Le problème vient-il de Dieu ? Dieu n’a-t-il pas le pouvoir de nous libérer ? L’Esprit n’est-il pas suffisant pour transformer ? Le problème ne vient pas de Dieu. Il vient de ce que nous n’avons jamais vraiment accepté la mort. 

Qu’allons-nous faire maintenant ?

   Nous n’avons pas besoin d’une autre prédication, pas besoin de plus de connaissances. Pourquoi hésitons-nous encore ? Nous savons déjà que rien d’autre ne fonctionne, que tous tes efforts pour s’améliorer ont échoué, que la chair ne peut pas être transformée. Que doit-il encore se passer pour que nous acceptions la mort ? La Croix est une libération. C’est l’endroit où nous nous débarrassons enfin de l‘esclavage de la chair, où les luttes internes cessent, où l’Esprit peut enfin régner sans résistance, où la paix que nous recherchons  tant devient une réalité. Mais nous devons aller jusqu’au bout. Nous devons y aller sans réserve, permettre à Dieu de tout prendre et de ne rien garder pour nous,  de ne rien retenir de ce qui appartient à la chair.

   Si nous hésitons encore, demandons-nous : Qu’est-ce que j’essaie de protéger, de maintenir en vie ? Est-ce que ça vaut la peine de continuer à être prisonnier de ce qui a déjà été condamné, de retenir quelque chose qui nous empêche de vivre la plénitude de l’Esprit ? L’Esprit nous a déjà parlé, le chemin a déjà été révélé. Maintenant, le choix nous appartient. La Croix est là, devant nous, et le choix que nous devons faire ne peut plus être reporté. Il n’y a pas d’autre chemin. L’Esprit a déjà apporté la lumière à ce qui était caché, il a déjà exposé la vérité de manière incontestable. 

  Ceux qui sont arrivés à la fin d’eux-mêmes, qui se sont déjà vus complètement incapables, ceux qui ont déjà tout essayé et ont échoué, ceux-là ne trouvent pas la Croix lourde. Ils la reçoivent avec soulagement, parce qu’ils ont compris qu’il n’y a pas d’autre issue. 

   Quand la chair meurt, quand il n’y a plus de résistance, de lutte, l’Esprit a la liberté. Alors, Christ peut vraiment vivre en nous. Ce qui était autrefois effort devient repos, ce qui était autrefois lutte devient paix, ce qui était autrefois poids devient légèreté. Parce que ce n’est plus nous qui vivons. C’est la vie à laquelle nous avons été appelé, pas une vie faite de hauts et de bas, pas une vie de  tentatives interminables, pas une vie d’efforts sans fin, mais une vie où la chair a été crucifiée et où l’Esprit règne sans résistance. 

  Acceptons la Croix, mourons à nous-même pour que Christ vive en nous. 

    Dieu attend notre réponse.

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