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Église Réformée de Thiers - Les Sarraix

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Histoire de l'Église Protestante des Sarraix

   A l'occasion du 150e anniversaire de l'Eglise Réformée de Thiers commémoré le jour de l'ascension 2004, nous avons tenté de retracer l'histoire de l'Eglise Evangélique des Sarraix.

   Cette communauté chrétienne a été fondée en 1902 dans le cadre de l'Union des Associations des Eglises Evangéliques Libres de France. Après une période de fonctionnement autonome d'une trentaine d'années, ses membres ont décidé, en 1933, son rattachement à l'Eglise Méthodiste de Thiers, tout en conservant son indépendance juridique et en restant une association cultuelle distincte. Les églises protestantes de Thiers et des Sarraix décidèrent en 1940 de se rattacher à l'Union Nationale des Associations Paroissiales de l'Eglise Réformée de France. Enfin, en 1979, les deux églises procédèrent à une fusion qui s'est traduite par la fondation d'une nouvelle association cultuelle : l'Eglise Réformée Thiers-Les Sarraix. Tous les paroissiens ont été invités à remettre au pasteur de l'Eglise de Thiers-Les Sarraix, tous les documents et archives en leur possession, relatifs à la vie des deux communautés.

   Cet historique a été réalisé à partir de toutes les archives disponibles retrouvées et de notes d'informations rédigées par Georges Arnéra, pasteur de l'Eglise de Thiers-Les Sarraix de 1950 à 1956, et de 1975 à 1991, et par un des anciens membres de l'Eglise des Sarraix, Jean Dauphant, décédé en 1980.
Hormis les actes juridiques, les archives officielles retrouvées sont postérieures à 1922, et nous n'avons disposé que de peu d'éléments pour la période qui précède cette date. Nous avons réalisé une synthèse à partir de tous les documents disponibles.
 

   Pourquoi et comment à la fin du XIXe siècle, une communauté protestante évangélique a vu le jour aux Sarraix, dans un petit village auvergnat de la montagne thiernoise situé dans une région éminemment catholique ? Pourquoi des hommes et des femmes accueillirent favorablement le message réformateur et décidèrent de changer leur manière de vivre leur foi et de fonder une nouvelle église ?

   Pour répondre à ces questions et bien comprendre ce qui s'est passé, il est important d'abord de rappeler la démarche d'évangélisation qui a précédé la fondation de la communauté chrétienne des Sarraix et qui s'est déroulée sur plusieurs années. Nous devons nous rappeler, en effet, que l'Eglise Catholique romaine était à cette époque encore figée dans ses traditions, ses coutumes, ses rites, ses exigences, ses pesanteurs, ses discours et ses positions quelque peu rigides. Cette situation était favorable à une renaissance spirituelle et à une redécouverte de la foi chrétienne basée sur l'autorité souveraine des Saintes Ecritures.

   Comme beaucoup d'Eglises, l'Eglise des Sarraix est née de l'évangélisation. En effet, Dieu a confié une mission d'évangélisation à ses disciples. Dans l'Ecriture Sainte, l'évangéliste Matthieu nous rapporte que Jésus, après sa résurrection, avant d'être enlevé au ciel, a réuni ses disciples et leur a donné un ordre précis, en leur confiant la mission d'évangéliser le monde, et de proclamer la Bonne Nouvelle du Christ à toute créature.

     Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et  du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit.
Matthieu 28. 19-20

   - Jésus a demandé à ses disciples d'être des témoins du Christ.
   - L'évangéliste Luc, dans le livre des Actes, précise la mission confiée par Jésus à ses disciples, avant son départ : Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit, survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde (Actes 1.8). 
     - L'évangéliste Matthieu rapporte des paroles de Jésus prononcées après le sermon sur la montagne, affirmant que les chrétiens convertis sont appelés à être le sel de la terre et la lumière du monde (Actes 1.8), et qu'ils ont a témoigner, par leur vie et leurs paroles, de cette lumière devant les hommes afin qu'ils voient leurs bonnes oeuvres et qu'ils glorifient le Père qui est dans les cieux.

   Rappelons cette Bonne Nouvelle que Jésus nous demande d'annoncer autour de nous.
   La Bible affirme que, sans Christ, sans Dieu, l'homme est un être perdu qui a besoin d'un Sauveur. La Parole de Dieu contient des promesses de salut et de vie éternelle à quiconque manifeste sa foi en Jésus-Christ. Plusieurs versets du Nouveau Testament résument et confirment ces promesses :
      - Car Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (Jean 3.16).
          - Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta famille (Actes 16.31).

   L'Ecriture Sainte affirme que le salut ne s'acquiert pas par des mérites, mais qu'il est offert gratuitement en Jésus-Christ. C'est ce qu'affirme l'apôtre Paul dans l'épitre aux Ephésiens : Vous êtes sauvés par grâce, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu (Ephésiens 2.8).

   En résumé, l'Ecriture Sainte nous rappelle que Dieu demande à chaque chrétien de faire connaître l'amour de Dieu et le salut en Jésus-Christ, mort pour les péchés des hommes, ressuscité et vivant pour l'éternité, afin de recevoir le pardon, la paix du coeur et la vie éternelle. Les chrétiens ont a transmettre ce message évangélique de génération en génération, jusqu'au retour glorieux de Jésus-Christ. Et c'est ce message d'amour, de salut et d'espérance, que des évangélistes, guidés par le Saint-Esprit, ont eu a coeur d'annoncer avec force, conviction, persévérance et courage aux habitants du village des Sarraix, à la fin du XIXe siècle qui a été à l'origine de la fondation de la communauté protestante.
   Le message de la Bonne Nouvelle est contenu dans la Bible. Dieu parle et se révèle aux hommes à travers les livres saints. L'apôtre Paul l'atteste dans la seconde épitre à Timothée : Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit  accompli et propre à toute bonne oeuvre (2 Thimothée 3.16-17).

   Le prophète Esaïe nous rapporte que, lorsque la Parole de Dieu est annoncée elle ne retourne pas à Dieu sans effet : Comme la pluie et la neige descende des cieux et n'y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, ainsi en est-eil de ma parole, qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins (Esaïe 55.11).

   L'apôtre Paul le confirme dans l'épitre aux Romains : Ainsi la foi vient de ce que l'on entend, et ce qu'on entend vient de la Parole de Christ (Romains 10.17).

   L'Ecriture nous montre que lorsque l'Evangile est prêché, entendu et reçu, par la puissance du Saint-Esprit, cela se traduit toujours par des conversions et le besoin de fonder une communauté chrétienne pour exprimer et vivre la foi avec d'autres chrétiens, afin que la relation avec Dieu puisse grandir et s'affermir dans la communion fraternelle.
   C'est principalement dans une communauté que les chrétiens peuveut être nourris, guidés, encouragés et soutenus pour progresser, tenir bon malgré les difficultés et les épreuves de la vie quotidienne et aller témoigner de leur foi.
   L'évangéliste Luc nous rapporte que dans l'église primitive, les premiers chrétiens persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières... Ils étaient assidus au Temple... et le Seigneur ajoutait chaque jour à l'église ceux qui étaient sauvés (Actes 2.47).
   Pour en revenir à l'église des Sarraix, nous avons l'assurance que c'est grâce à des évangélistes pionniers qui ont eu le désir et la volonté d'annoncer l'Evangile de Jésus-Christ avec détermination, et grâce à la foi et à l'enthousiasme des nouveaux convertis, que fut fondée une église protestante.

   Le début de l'évangélisation du village des Sarraix remonte à 1890, il y a près de 115 ans. L'activité principale de ce village étant constituée principalement par l'artisanat de la forge et un peu de culture. M. Jean Dauphant souligne dans sa note de souvenirs : Aux Sarraix, peu de cultivateurs, mais essentiellement des ouvriers forgerons. Tous les hommes valides étaient forgerons. Ils étaient 52 forgerons dans le village travaillant dans des conditions déplorables, dans des boutiques sales, sans confort, avec un temps de travail de 10 à 12 heures par jour au prix de 2 francs par journée. Ils vivaient chichement et ne pouvaient pas améliorer leurs maisons qui tombaient en ruine. Ils n'avaient aucune subvention, ni aucun secours.

   C'est dans cet environnement économique, dans une zone rurale de semi-montagne, qu'en 1890, à la fin du XIXe siècle, un colporteur évangélique de la Haute Loire, M. Verron, animé d'un zèle à toute épreuve, a commencé à visiter le village des Sarraix et à faire connaître la Bonne Nouvelle en distribuant des livres religieux, des traités, des almanachs, des Bibles et des Nouveaux Testaments. Il passait régulièrement dans le village. Il y reçut un accueil très chaleureux et sympathique de la population, en particulier de la part des artisans forgerons qui travaillaient dans leur atelier, fenêtre ouverte, forgeant des lames de couteaux. Il pouvait, en toute liberté et facilité, s'arrêter devant les forges familiales travaillant pour la coutellerie, les visiter et leur présenter l'Evangile à l'aide de toute la littérature religieuse qu'il distribuait. Ces visites allaient être le point de départ d'un mouvement spirituel profond dans le village et ses environs. Il y avait aux Sarraix une véritable soif de vérité, de connaissance de la Bible et un grand besoin d'une expression spirituelle nouvelle.
   Ecoutons Jean Dauphant évoquer cette époque : Ces livres et ces brochures faisaient ressortir les erreurs de l'Eglise Catholique Romaine, intriguaient fortement les gens, et il se forma des groupes d'ouvriers et d'artisans, pour des discussions souvent passionnées, où l'accord ne régnait pas toujours.

   La première réunion publique eut lieu en 1896 dans la salle d'auberge Dosjoub. Au cours de cette réunion, les évangélistes Mandon, Wälti et Bercier parlèrent avec force et conviction de l'Evangile de Jésus-Christ, devant un parterre d'auditeurs attentifs et intéressés. Ecoutons Jean Dauphant rapportant les faits avec humour : Pour parvenir à cette salle, on devait passer par un étroit passage près du four à cuire le pain de ménage, et il fallait marcher en tâtonnant. La salle était remplie de monde. Beaucoup de gens étaient venus là en mangeant leur bol de soupe. Le premier cantique chanté fut le suivant :" Une Bonne Nouvelle descend des cieux, pécheur, Jésus t'appelle, lève les yeux..." Ce chant fut suivi d'une prédication.
J'avais sept ans. Lors de la première prière, je me souviens qu'un évangéliste reçut une casquette lancée par un auditeur à la tête du prédicateur - mais c'était sans méchanceté, juste pour s'amuser. Malgré cet incident, la réunion se termina par une invitation aux pasteurs à revenir, pour tenir de nouvelles réunions.

   Cette première réunion fut particulièrement positive. Elle fut le départ d'une importante oeuvre d'évangélisation aux Sarraix. Devant l'intérêt manifesté par les habitants du village pour la Parole de Dieu, M. Verron suggéra à M. Samuel Delattre, pasteur de l'Eglise Libre de Roanne, par l'intermédiaire de la Société Evangélique de Genève, d'envoyer des évangélistes sur les Sarraix.
   M. Delattre lança une grande action d'évangélisation dans le Puy de Dôme, en installant des évangélistes dans les petits villages de la plaine et de la montagne, à Beauregard l'Evêque, à Orléat, aux Sarraix. Il fut alors décidé d'organiser des réunions d'évangélisation régulièrement dans des salles d'auberge des Sarraix et des villages voisins. Les évangélistes Mandon, Wâlti et Bercier vinrent alors aux Sarraix régulièrement pour annoncer l'Evangile. Tous les hameaux et villages étaient visités et évangélisés ; des salles de réunion étaient ouvertes. Les visites et réunions suscitaient un très grand intérêt. C'était une époque d'anticléricalisme, marquant une certaine hostilité au clergé, et le nouveau message évangélique était accueilli favorablement par la population.
   Ce fut en quelque sorte l'âge d'or de l'évangélisation de toute la région. Le Saint-Esprit était à l'oeuvre dans le coeur des habitants des Sarraix qui souhaitaient vivement aller plus loin dans la découverte de l'Evangile. D'après Jean Dauphant, le Réveil était lancé. Une quinzaine de familles des Sarraix et du village voisin, Larmentier, abandonnèrent le Catholicisme pour se tourner vers l'Evangile.

   En 1923, à l'occasion du 20e anniversaire de la construction du temple, les souvenirs de l'évangélisation des Sarraix étaient encore très vivants dans l'esprit et le coeur des premiers évangélistes. Dans un courrier adressé de Lausanne, le 24 octobre 1923 à la communauté des Sarraix, M. Eric Bersier écrivait : Quel intérêt et quel sérieux chez bien des auditeurs. Il y avait du contact. Une oeuvre se faisait dans les coeurs. On nous suppliait de revenir. Et nous revenions fréquemment passer quelques jours, toujours plus persuadés que Dieu voulait faire quelque chose aux Sarraix.

   La même année, le 11 octobre, M. Jean Wâlti, responsable de la Mission Evangélique Belge, invité au 20e anniversaire de l'Eglise des Sarraix, écrivait :  J'ai eu le privilège d'être le premier avec mon cher ami Mandon à apporter la Bonne Parole de Dieu. Je pense et je prie très souvent pour les Sarraix auquel mon coeur reste profondément attaché. Je n'ai jamais eu nulle part, autant de joie, parce que nulle part je n'ai été accueilli comme je l'ai été aux Sarraix.

   M. Mandon écrivait également dans un courrier du 16 octobre : Quand il y a plus de vingt ans, accompagné d'un bien cher ami, M. Wâlti, je donnais la première réunion d'évangélisation dans votre localité, ce fut pour moi une grande bénédiction de constater que vos coeurs s'ouvraient à l'annonce du grand message du salut... Rappelle-toi, Eglise des Sarraix, que tu as été enfantée à la vie nouvelle de l'Esprit, dans la simplicité, la vérité et la liberté de l'Evangile du salut.

   Revenons à la fin du XIXe siècle. Voyant un mouvement spirituel fort se dessiner, les évangélistes Bercier et Mandon vinrent s'installer sur place aux Sarraix pendant quelque temps. Pendant les années qui suivirent, de nombreuses réunions furent organisées, présidées par des évangélistes et des pasteurs : M. Jourdan, d'Orléat, M. De Perrot, de Clermont, M. Verron vint s'installer dans le village de Chailas.
   La population des Sarraix était réunie régulièrement pour écouter des "conférences religieuses" à l'heure de la soupe, dans les auberges ou dans les familles. D'après les notes de Jean Dauphant, le village fut en émoi. En effet, les uns restaient attachés au catholicisme, d'autres étaient attirés par l'Evangile. Très vite, il y eut une division au sein de la population du village. Jean Dauphant signale dans sa note : Les protestants et les sympathisants étaient mis à l'écart par les catholiques et considérés comme des hérétiques... Le curé de Celles sur Durolle défendait à ses paroissiens d'aller écouter les prédications évangéliques. Mais l'élan était donné, et après quelques mois de campagne évangélique, ce fut la rupture avec le catholicisme romain... Une quinzaine de familles se sont prononcées favorablement tant aux Sarraix qu'à Larmentier, dont mon père, ce qui me permettait, ainsi qu'à ma soeur, de suivre les réunions. C'était tellement acharné que des menaces de mort étaient murmurées contre les serviteurs de Dieu, en particulier contre M. Bercier qui dut partir. Lors de son départ pour aller prendre le train à la gare de Celles, la nuit, pour éviter tout incident, une quinzaine d'hommes l'accompagnèrent. Et, fait extraordinaire, en arrivant à l'Alizier, une clarté lumineuse apparut dans le ciel. Il paraît que ce fut très émouvant et M. Bercier pria le Seigneur pour qu'Il garde cette église naissante.
   Voyant la persévérance de mon père dans la foi chrétienne, toute la famille du côté maternel, qui était catholique très pratiquante, devint distante avec lui. Mais peu à peu, en voyant sa conduite, la famille revint à de meilleurs sentiments.

   Après quelques années d'évangélisation dans les auberges du village des Sarraix et des villages voisins, il fut alors décidé de fonder une association cultuelle et de construire une chapelle. L'Eglise Chrétienne Evangélique des Sarraix fut fondée le 6 juillet 1902 par six personnes confessant leur Sauveur par le baptême par immersion le même jour : MM. Claude Cotte, Jean Dosjoub, René Goutay, Mme Dosjoub-Chabrolet, Mlles Marguerite Goutay et Irma Dosjoub.

   La construction de la chapelle fut réalisé dans les années 1902-1903 avec le concours actif de M. Verron, de M. Maimbourg, de M. Guillaume et des fidèles des Sarraix, sur le modèle du temple d'Orléat.
   La chapelle qui témoigne de la foi chrétienne protestante dans le village des Sarraix fut construite sur une parcelle de terrain de 2 ares et 5 centiares, appelée "La Croix", non prédestiné, acquise le 1er avril 1885 par M. Auguste Fédit et cédée à M. Oscar Guillaume le 13 juillet 1903.
   Le 7 décembre 1906, M. oscar Guillaume céda le terrain et la chapelle édifiée sur le terrain donné à L'Union d'Associations des Eglises Evangéliques Libres de France. Suivant acte reçu par Me Brillouin, notaire à Ste Foy La Grande (en Gironde).
   Dès que le temple fut construit, les activités de l'église furent mises en place : culte dominical, école du dimanche, études bibliques. Des baptêmes et des mariages furent célébrés dans le temple. En quelques années, de 1902 à 1907, l'église connut un développement important. Une trentaine de membres furent admis dans la communauté et baptisés par immersion. Jean Dauphant écrit dans sa note : Etant donné le nombre insignifiant de distractions existant à cette époque dans ce petit village, le temple se remplissait souvent et on chantait de merveilleux cantiques. C'est au temple que s'est tenu le premier arbre de Noël de l'arrondissement. C'était une habitude suisse... Il y eut alors une école du dimanche et c'est là que les enfants et les jeunes reçurent une instruction religieuse et furent conduits à l'Evangile.


   Plusieurs pasteurs se succédèrent à la tête de la communauté des Sarraix pendant des périodes plus ou moins longues : M. Audetat, qui partit ensuite en mission au Vietnam ; l'Armée du Salut qui quitta les Sarraix en 1908 pour aller diriger les asiles John Bost à La Force ; M. Leuba, missionnaire en Angola, lui succéda avant de partir pasteur en Haute Vienne.
   Dès 1911, la communauté se trouva sans pasteur.
   En 1914, les hommes durent partir au front. Les Anciens de l'Eglise continuèrent à tout de rôle d'assurer les cultes, l'école du dimanche, faisant appel à de nombreux amis chrétiens et évangélistes de la région ou de l'extérieur pour les soutenir et les aider. Malgré ce handicap, contrairement à de nombreuses petites églises évangéliques nées au cours du début du XXe siècle, qui disparurent les unes après les autres, l'Eglise des Sarraix continua d'exister. Jean Dauphant souligne dans ses souvenirs qu'elle fut alors visitée par des évangélistes prédicateurs protestants de toutes tendances : Frères larges, frères étroits, salutistes, méthodistes, baptistes, pentecôtistes, adventistes, darbystes...
  
Ecoutons le pasteur Georges Arnéra nous faire part de son point de vue sur l'influence et l'effet des ces courants divers :
   On peut se demander si ce n'est pas cette diversité qui a finalement fortifié la foi : bien des églises nouvellement nées, au siècle passé, eurent de la peine à passer de l'anticatholicisme à une foi réellement évangélique. Devenir protestant est une chose ; recevoir l'Evangile et en vivre en est une autre. Or, ce qu'avaient de commun tous ces prédicateurs évangélisues, c'était l'appel à la repentance et à la conversion, c'était la nécessité d'appartenir à Jésus-Christ avant d'appartenir à une église, c'était la vie renouvelée par la présence de l'Esprit-Saint. Cette jeune église, visitée et enseignée par des messages et des dictrines dissemblables, a été obligée "d'examiner toute chose et de retenir ce qui est bon". Car ne parlons pas ici de pluralisme : ces prédicateurs étaient d'accord sur l'essentiel et ne se séparaient que sur des points de doctrine secondaires. L'Eglise des Sarraix n'a sans doute survécu que dans la mesure où, à chaque génération, plusieurs se sont convertis de tout leur coeur à l'Evangile.

   Ensuite, vers 1915, le pasteur Samuel Delattre vint s'installer aux Sarraix avec son gendre, M. Bonnet, ancien missionnaire en Indochine. Il quitta le village quelques années après.
   Vers 1920, M. Jean Déglon créa une coutellerie aux Sarraix et participa très activement pendant plusieurs années à la vie et l'activité de l'église, avant de partir à Thiers en 1923. M. Déglon était issu du courant des "Frères larges".
   A partir de 1921, Jean Rochat, évangéliste colporteur biblique pour une mission suisse 'L'Action Biblique", fut engagé pour travailler au colportage et à l'évangélisation des villages voisins. Quelques mois plus tard, il vint s'installer définitivement aux Sarraix. Il y travailla, se maria avec une paroissienne et continua à exercer un rôle important dans l'église comme trésorier, prédicateur, jusqu'à son départ pour Tournon en 1930.
   L'église allait recevoir régulièrement de nombreux visiteurs prédicateurs, pour des réunions d'édification, d'exhortation et d'évangélisation, en particulier MM. Widmer, Crétigny, Giraudet, Zinder, Stocker et Valentin.
   Des missionnaires Suisses vinrent aussi régulièrement visiter la communauté chaque année.
   Pour exercer son activité dans de meilleures conditions, l'église allait effectuer des démarches pour engager un pasteur à demeure, disponible à plein temps pour prendre en charge la vie de la paroisse.  

   En 1922, à Saint-Etienne, au synode des Eglises Libres, par l'intermédiaire de M. Maimbourg, un pasteur fut rencontré par deux anciens de l'église pour le poste des Sarraix. L'église ne donna pas suite.
   Dans le même temps, un problème important se posa à l'église concernant le recrutement d'un pasteur. Après avoir connu des difficultés dues aux nombreux courants et doctrines auxquels l'église avait été confrontée pendant plusieurs années, le Conseil de l'église souhaite que le "le pasteur ne soit pas un pasteur libéral, mais un pasteur qui se rattache à la foi évangélique".
   En effet, un courant de libéralisme commençait à souffler sur les églises protestantes françaises et le Conseil pensait qu'il pourrait constituer un danger pour l'avenir de l'église. L'église des Sarraix décida à l'unanimité de procéder, en mars 1922, à une révision de ses statuts. Les nouveaux statuts précisaient les nouvelles conditions d'admission des membres dans l'église. Sans référence à une déclaration de foi particulière, les nouveaux statuts exigeaient :
   Pour être membre de l'association, il faut en faire la demande au Conseil.
   Il faut être converti au Seigneur Jésus et reconnaître, croire et confesser :
     - l'existence et la puissance éternelle de Dieu, Créateur des cieux et de la terre et de toutes choses qui existent.
     - la divine et intégrale inspiration des Saintes Ecritures.
     - le Seigneur Jésus-Christ, qui par sa mort sur la croix et sa résurrection d'entre les morts, est devenu l'auteur du salut éternel.
     - l'action réelle et efficace du Saint-Esprit au milieu de l'Eglise pour sa sanctification.
   Le Conseil doit veiller à ce que l'Association ne dévie pas de son but spirituel.

  
Les nouveaux statuts furent déposés à la Sous-Préfecture de Thiers le 4 janvier 1923. Les 27, 28 et 29 octobre 1923, l'église organisa une grande fête à l'occasion du 20e anniversaire de la construction du temple. Tous les anciens serviteurs de l'église, les semeurs de la première heure passés aux Sarraix, ont été invités à se joindre à la communauté : MM. Delattre, Guillaume, Maimbourg, Bercier, De Perrot, Mandon, Wâlti et Leuba. L'église n'ayant pas les moyens financiers pour prendre en charge les frais de déplacement, peu de serviteurs purent venir participer à cet événement. Nous avons évoqué précédemment les souvenirs de MM. Bercier, Mandon et Wâlti concernant leurs premières réunions aux Sarraix. Ces journées furent un très fort encouragement pour l'église, après quelques années de désert.

         
Le secrétaire du Conseil de l'époque s'exprimait comme suit :Pendant ces journées de rafraîchissement, nous avons puisé tous de nouvelles forces pour continuer la course et la lutte et nous avons pu remercier Dieu pour tous les bienfaits dont Il nous a comblés jusqu'à ce jour et nous nous sommes consacrés tout à nouveau à son service.

  Une nouvelle consécration, un nouveau départ, un nouvel enthousiasme pour continuer dans la voie tracée par les anciens.
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