Luc 13 v 22 à 30
N’y a-t-il que peu de personnes qui seront sauvées ?
De tout temps, depuis qu’il existe, l’être humain se pose la question de ce qu’il y a après la mort. Il y répond de différentes manières selon les religions et les civilisations. Ce n’est que récemment qu’on entend dire qu’il n’y a rien après la mort. Cette idée qu’il n’y a rien après la mort, n’avait pas encore effleuré l’humanité. D’abord, nous subsistons d’une certaine manière dans nos descendants. Quel salut pour eux, avec ce que nous leur avons transmis de positif et de négatif ? Et puis, comment peut-on dire qu’il n’y a rien après la mort, puisque nous ne sommes pas venus de rien ! Nous avons tous eu des parents, encore que même cette réalité, on essaye de la nier aujourd’hui. Nous ne sommes pas venus de rien, et nous ne retournons donc pas vers le rien.
Alors, n’y a-t-il que peu de personnes qui seront sauvées ? Cette question intéresse Jésus au premier chef. Car son nom, « Jésus » signifie justement « Salut » en hébreu. Jésus sauve. C’est son programme. C’est tout l’objectif de sa vie. C’est pour cela qu’il est précisément venu. N’y a-t-il que peu de personnes qui seront sauvées ? est donc une question essentielle pour Jésus. Comment répond-il ? Il répond par plusieurs phrases paradoxales. Il ne nous dit pas : ne vous en faites pas, les gars, je suis le salut, je vous sauverai tous. Il dit au contraire : « luttez sans cesse pour entrer par la porte étroite parce que beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et n’en auront pas la force ». Mais quelques versets plus loin, il dit « il en viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, et ils se mettront à table dans le Royaume de Dieu ». Il ouvre donc largement le salut, jusqu’au bout de la terre habitée.
Ces réponses paradoxales sont pleines de sagesse. La foi est un don de Dieu. Nous n’y pouvons rien. Un jour, nous nous trouvons croyants, et nous nous demandons comment cela s’est produit. Il n’y a pas d’explication, si ce n’est que l’Esprit souffle où il veut. Mais j’ai déjà entendu un paroissien me répondre : « et bien, ce don ne m’a pas été fait ». Sur le coup, je n’ai pas su répondre. Mais Jésus dit : « luttez sans cesse pour entrer par la porte étroite ». Bien que la foi soit un don de Dieu, nous pouvons lutter pour y entrer. Nous sommes encouragés à faire des efforts précisément pour ce qui est gratuit et nous est donné sans que nous comprenions comment. Quel paradoxe ! Paradoxe de la grâce. Sainte Thérèse de l’enfant Jésus dit que nous sommes comme un petit enfant qui doit monter un escalier. Les marches sont bien trop hautes pour ses petites jambes. Mais il essaye quand même : il lève sa petite jambe, et le Père, plein de tendresse, l’aide à la mettre sur la marche trop haute. Nous progressons par nos efforts, mais nos efforts ne produisent pas le miracle de la foi.
Autre paradoxe : Jésus nous dit qu’il en viendra de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Midi, donc il y aura de nombreuses personnes, mais en même temps il nous dit que la porte est étroite. Pourquoi est-elle étroite ? Parce qu’elle est à la taille de l’être humain qui doit naître. Tout être humain vivant sur terre a fait l’expérience de la naissance. Pour sortir du ventre maternel, la porte était étroite pour chacun, chacune de nous. Il a fallu une grande force pour traverser cette porte étroite. Une grande force qui ne vient pas que du bébé, mais aussi de sa mère. Entrer dans le Royaume de Dieu, c’est bien la même chose : l’entrée est étroite. Jésus est cette porte étroite. Nous devons passer par Lui. Dans Jean 10, Jésus dit qu’il est la porte des brebis. Il dit aussi qu’il est le berger qui passe par la porte. Jésus a dû traverser sa propre humanité, de chair et de sang, pour nous donner accès au salut. Sa mort est notre porte. Par elle, nous passons dans le Royaume de Dieu. Il nous faut faire tous les efforts possibles pour y passer.
Jésus lui-même a dû lutter pour entrer dans notre humanité. Le mot « porte » en hébreu, c’est la 4° lettre de l’alphabet. 4, c’est le chiffre de la création. Jésus, Fils de Dieu créateur, Créateur de la terre et du ciel, des êtres visibles et invisibles a dû passer par une porte bien trop étroite pour lui, quand il s’est incarné dans une créature humaine, dans Marie fille de Sion. Si le Créateur, que le ciel et la terre ne peuvent contenir, est devenu une créature, imaginez l’étroitesse de la porte que cela a été pour Lui ! C’est inimaginable. Et si, de plus, pour que nous puissions nous-mêmes passer par la porte étroite qu’il est, il lui a fallu traverser lui-même la porte de sa chair et de son sang, pour pouvoir nous faire entrer dans le Royaume de Dieu, alors imaginez l’effort que cela a été pour Lui ! Jésus a souffert, Jésus a lutté dans la prière pour mourir et ressusciter, pour nous donner sa chair et son sang comme porte étroite d’entrée dans le Royaume de Dieu.
Tout cela a eu lieu en Galilée, en Israël, à Jérusalem. Des Juifs ont mangé et bu avec Jésus, véritable homme. Mais cela ne suffit pas pour le salut éternel. Nous mangeons et buvons bien souvent avec Jésus, chaque dimanche dans ce temple. Ce privilège exige de notre part une extrême attention : nous mangeons et buvons avec un vrai homme, une vraie créature, et pourtant nous sommes à table avec le Dieu Créateur, qui s’est levé d’entre les morts, qui a ressuscité d’entre les morts, qui nous fait passer par la porte qu’il est Lui-même.